21/02/2017

337) Les choses ne se passent pas comme prévu

La forêt enchantée pénètre dans le jardin

 

Début de l’histoire…

 

 

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« Iacchos envoie une pluie de pétales sur l’arbre… »

Illustration © Eric Itschert

 

 

La méditation

 

 

L’après-midi au jardin est très douce. Rabbi Isaac est venu accompagné de Noam et d’Azriel. C’est la première fois depuis bien des semaines que Noam peut sortir, il est tout joyeux. On décide de commencer par une méditation sur la grande terrasse en marbre blanc et en bois. Couverte, elle nous protège du soleil.

 

Iacchos, tout fier, guide la méditation. Il semble s’être métamorphosé en une personnification de Siddhartha. Rabbi Isaac est ouvert à ce genre de choses. Iacchos est presque nu, il ne porte qu’un pagne et des bijoux. Noam le dévore des yeux. On est assis en lotus sur des coussins pour certains, sur une chaise pour d’autres, on forme un cercle. Le marbre blanc du sol rayonne d’une douce fraîcheur. Iacchos a acquis un pouvoir étrange, il oblige Noam à fermer les yeux en lui expliquant qu’un débutant ne doit pas se laisser distraire, fut-ce par la plus charmante apparence qui soit. Ensuite Iacchos nous mène vers une sérénité profonde et bienfaisante. Et, petit à petit, notre conscience s’aiguise. Le jardin clos est bien protégé des bruits de la ville : on n’entend que le chant d’oiseaux. Après un temps indéfini Iacchos lance un message d’amour, il n’a pas besoin de parler, le message nous atteint dans le silence. On chante alors le ‘Om’, plusieurs fois, et notre chant devient prière et ravissement.

 

‘Om’ est un son fait de plusieurs intonations. Avant de méditer Iacchos a expliqué que pour un shivaïte c'est le son de base du monde et qu'il contient tous les autres sons. Comme la musique, il dépasse les barrières d'âge, de races, de culture et même d'espèce. Il est composé de trois lettres Sanskrites qui en se combinant donnent le son Aum ou Om.

 

En chantant on entre dans une sorte de transe. Ce son d’autant plus prenant qu’il est chanté par plusieurs voix entre en notre corps et le fait résonner. C’est comme si nous étions devenus nous-mêmes instruments de vibration, en accord et en lien parfait avec le monde. Le son finit par pénétrer au plus profond de nous-mêmes, en notre centre, en notre âme.

 

 

Le repas et l’offrande.

 

 

Iacchos rompt la méditation par des percussions, deux tables sont dressées. L’œcuménisme c’est bien, mais il faut tenir compte de la sensibilité de chacun. Sur une des tables sont dressés des mets dont une partie sera offerte aux entités, faune et daïmôn-page. Sur l’autre table sont servis des mets dont rien ne pourra être donné aux entités, selon un interdit juif où les entités sont assimilées à des dieux étrangers et où l’on ne peut rien manger de ce qui est consacré aux dieux. Noam n’hésite pas à s’asseoir d’abord avec nous à la première table, Rabbi Isaac et Azriel s’asseyent à la deuxième table. La séparation n’est que symbolique car les tables sont contiguës. Pourtant Rosanna et Rebecca venues en aide prennent garde de bien séparer les mets. Rosanna et Rebecca se retirent ensuite, avec un faune il ne faut pas prendre de risques. Aucune femme ne sera présente. Iacchos consacre la nourriture de la première table, Rabbi Isaac rejoint par un Noam hésitant dit une prière à la seconde table. Ensuite Iacchos va porter du vin, du pain et de l’encens pris sur la première table jusqu’au pied de l’arbre choisi. L’arbre est à côté du sceau que nous avions tracé il y a plusieurs jours maintenant. Le repas se passe joyeusement, et le bon vin égaye les convives. En fin de repas les tables sont débarrassées, elles sont unies, les convives se mélangent : le dessert ne sera pas partagé avec les entités. Mais toute séparation n’est qu’une illusion. La vie est partout et Hachem est partout et tout est Hachem. La tombée du jour arrive. Iacchos est perplexe quant à la suite :

 

« - Maintenant, que doit-on faire ? Rabbi Isaac, je vous confie la suite des opérations ? »

 

Rabbi Isaac sort un très ancien grimoire d’un emballage en fin papier de soie bleue, et le pose sur une des tables. Il sourit et regarde Iacchos d’un air bienveillant.

 

« - Ne dois-tu pas d’abord achever ton offrande ? Va seul à l’arbre que vous avez choisi toi et Eric. Ce qui est important c’est qu’avec ton offrande tu leur fasses sentir toute la sympathie, tout l’amour inconditionnel que tu leur portes. Appelle-les en silence, de toute ton âme. Alors peut-être qu’ils viendront. On t’attend ici. »

 

Iacchos frissonne. Il avait oublié les pétales de rose. Il va à l’arbre avec un panier rempli des pétales odorantes. Pas loin l’ancienne muraille bordant le jardin projette une ombre grandissante. Iacchos envoie une pluie de pétales sur l’arbre en pensant très fort mais tout bas :

 

« - Pour vous ! »

 

Iacchos a encore juste le temps de se rendre compte qu’il ne connaît pas le véritable nom des entités, et un claquement aussi sec qu’un coup de tonnerre interrompt sa pensée.

 

 

La forêt enchantée entre dans le jardin.

 

 

Il écarquille les yeux : ce qui était une vieille muraille d’enceinte s’est métamorphosée en pierre monolithique, des arbres envahissent le jardin, ce dernier change de dimensions. Temps et espace s’agrandissent, se tordent, les choses semblent se courber. Le ciel devient tout bleu, un bleu intense et foncé. Un soleil de midi éblouissant métamorphose les couleurs, irisées elles changent sans cesse de nuances. Le sol, les plantes, les arbres et même les ombres varient de formes. La pierre est fissurée en de multiples endroits. A un endroit elle s’est fendue, elle s’est ouverte en une faille profonde et sombre. Iacchos entend un son de galop de chevaux venant de la faille. Aussitôt après Iacchos voit surgir deux cavaliers chevauchant de superbes étalons portant de grandes cornes. Avec eux, la forêt enchantée est entrée dans le jardin. Les chevaux hennissent joyeusement. Les deux cavaliers descendent de leur monture, et saluent chaleureusement Iacchos. Le faune est particulièrement amical et l’enlace :

 

« - Bonjour petit frère, comment vas-tu ? Tu m’as manqué, tu n’es plus venu dans la forêt ces derniers jours ? Tu nous a appelés ? »

 

Il embrasse Iacchos, Iacchos a oublié que le faune est tout nu et qu’il sent fort le fauve. Il y a ces cornes, ces oreilles pointues qui bougent dans tous les sens et ce lingam jamais entièrement au repos qui appuie maintenant contre sa cuisse… Lui aime beaucoup cela, et trouve cela normal, mais les invités ? Bah, ils doivent accepter le faune comme il est ! Mais les étalons n’étaient pas prévus. Ils sont impressionnants avec leurs cornes de mouflon ! Peut-être devrait-on les mener à l’ancienne écurie ? Il y en a un qui commence à pisser, que va dire Eric ? Oh et puis ce n’est pas tout ! Voilà la grande commission qui suit !

 

« - Euh… on a des hôtes. Avez-vous envie de prendre une douche après votre voyage ? Je mènerai les chevaux à l’écurie avant de vous présenter. »

 

Le daïmôn-page vient à son tour embrasser Iacchos, et pour la première fois Iacchos le voit rire. Lui il sent carrément le fennec ! Il est impressionnant tout armé ! Quelles canines il a, on dirait un vampire ! Son épée doit pouvoir trancher une tête d’un seul coup… Puis Iacchos respire un bon coup. Je les aime ainsi, je vais les mener tels quels à la terrasse. On ne doit jamais juger quelqu’un sur les apparences. Et en nos hôtes aussi j’ai confiance. C’est cela l’amour inconditionnel.

 

 

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« Il y a ces cornes… » Illustration © Eric Itschert

 

 

« - Et puis non, on vous attend avec impatience, venez tels que vous êtes. »

 

La forêt semble continuer à grandir. Le regard du Faune et du Daïmôn ont changé : ils étaient légèrement moqueurs, maintenant une infinie tendresse émane d’eux. D’une seule voix douce, tous deux murmurent :

 

« - Merci Iacchos. On était obligé de te mettre à l’épreuve. Tu l’as brillamment passée. On peut lire dans tes pensées, ne l’oublie pas. Nous aussi on avait un peu peur, quel accueil aillais-tu nous faire ? En nous faisant confiance malgré notre apparence inquiétante, tu nous as délivrés du dernier enchantement qui nous retenait encore prisonnier. On t’en est infiniment reconnaissant. Regarde ! »

 

Iacchos est complètement désarçonné : si le faune et sa monture n’ont pas changé d’apparence, le daïmôn-page, lui, se montre soudain sous un aspect tout différent. Ses armes ont disparu. Son étalon est devenu toute blanc, il n’a plus de harnachement et il a perdu ses cornes. Le visage du daïmôn-page est autre, irréel, pourtant Iacchos sait que c’est toujours lui. Il dégage un parfum infiniment agréable de thym et de serpolet.

 

 

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« Son étalon est devenu toute blanc … » 

Illustration © Eric Itschert

 

 

Leur moquerie cachait donc leur peur ? Le faune reprend la parole :

 

« Tu sais Iacchos les étalons sont aussi des entités. Elles étaient les témoins nécessaires pour ton épreuve et notre délivrance. On peut les renvoyer dans la forêt maintenant. »

 

Le faune et le daïmôn-page donnent chacun une claque sur la fesse de leur étalon et ces derniers disparaissent par la faille dans la forêt profonde. Leurs sabots claquent sur la pierre, des étincelles luisent dans les ténèbres de l’anfractuosité. Iacchos est soulagé du départ de ces étalons bizarres et inquiétants, et fait à son tour son plus beau sourire aux entités se tenant devant lui :

 

« Venez, suivez-moi. L’offrande vous a-t-elle été agréable ? »

Le faune l’embrasse et réplique :

« - Iacchos, tu es tellement charmant… »

 

 

 

 

A suivre…

 

 

 

 

 

 

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