30/08/2016

325) Rêves nocturnes...

...menant au jour

 

Début de l'histoire

 

 

 

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"Je me transforme en ibis rouge..." Photo © Eric Itschert

 

 

Premiers rêves.

 

 

 

En dormant, je fais une série de rêves de plus en plus précis.

 

Le premier rêve est fugace et irréel.  Il est tissé de moments de complicité avec Iacchos.

 

Le second me semble tellement vrai…  Je vole dans le jardin et me pose en face d’Iacchos.  Je m’assieds en lotus et le contemple.  Immobile, il ressemble à une statue de dieu hindou oublié.  Je me reproche de ne pas l’avoir recouvert d’une couverture avant d’aller dormir.  Impossible de me réveiller.  Alors je me transforme en ibis rouge et vais chercher des colliers de fleurs pour le protéger du froid.  Tout semble d’une netteté incroyable sous le clair de lune : le magasin de fleurs dont j’ai cassé un carreau avec mon bec pour voler les colliers, la vieille enceinte de pierres, les toits des maisons, la frondaison des arbres…  Le froid devient insidieux et je sens un danger que je ne peux identifier.  Le froid n’est que l’aspect physique du danger.

 

Alors je m’introduis dans mon propre atelier.  Je sens qu'il y a urgence, qu'il faut protéger Iacchos. Mon instinct me guide au plus pressé. Je saisis une à une quatre amulettes et les dispose autour de Iacchos, aux quatre points cardinaux, en quatre vols.  J’ai pris des amulettes dont je connais les caractéristiques. Trois d’entre elles proviennent de l’Egypte antique : le pilier Djed pour que rien ne puisse déstabiliser Iacchos, la croix Ankh pour que la vie ne le quitte pas et pour augmenter sa force spirituelle, et l’œil d’Horus pour qu’il puisse déceler le moindre danger et garder son intégrité. La quatrième amulette vient de fouilles réalisées en Belgique : c’est une dent d’animal, pour accroître ses forces physiques et aiguiser ses dents de lynx.  Ensuite mes propres forces me quittent et je me retrouve réduit à l’état de petit rouge-gorge. 

Je m’enfonce dans la nuit noire sans rêves. 

 

 

 

Le troisième rêve.

 

 

Avant l’aube et le chant du coq, le sentiment du danger de plus en plus imminent me plonge dans un troisième rêve.  Notre faune « bien entouré » surgit de nulle part, traversant une grotte noire.  La grotte est formée de racines d’arbres.  Une nuée de farfadets apparaissent en même temps comme autant de petites étoiles lumineuses et mouvantes.  Je l’ai déjà vu ainsi, j’en ai réalisé une illustration numérique, pourtant cette vision semble m’ouvrir de nouvelles perspectives. Est-ce moi ce rouge-gorge posé sur l’épaule gauche du faune ?  Un sphinx étrange joue équilibriste sur la queue du faune.  Il a l’air gentil quoique très facétieux.  Est-ce Iacchos ce lynx juste derrière le faune ?  Il y a enfin cet improbable animal rayé dont la queue entoure le faune, comme s’il le retenait prisonnier.  Je me rends tout de suite compte que le danger provient de cette dernière entité.  Ce qui me déplaît en elle c’est d’abord son aspect changeant, indéfini, bigarré.  Elle tient à la fois du furet, de la martre, de l’hermine et du lémurien genre Lémur catta.  Je perçois des dents aiguisées et une immense cruauté. 

 

Le faune joue de la flûte et trois magnifiques étalons à cornes de mouflon surgissent de la forêt.  Le faune monte à cru le premier étalon.  Sphinx et lémurien grimpent sur les autres étalons. Ils suivent un chemin de lune.

 

 

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'Un chemin de lune...' Dessin et aquarelle sur papier Schoeller Durex © Eric Itschert

 

 

Mon regard est à nouveau attiré par le splendide faune.  Cette nuit, sa peau me paraît encore plus brune. Son coursier a une robe couleur nuit noire, seul les pattes sont blanches comme si on les avait trempées dans un fleuve de lune.  L’étalon est vieux de quatre hivers, ses cuisses sont puissamment musclées et ses sabots sont brillants comme des coquillages.  Son trot est si léger que pas un brin d’herbe ne plie sous ses pas. 

Devant lui s’ébat le lynx.  A présent j’en suis certain, c’est Iacchos qui habite ce dernier.  Il semble inquiet.  Je parviens à communiquer avec lui.  Nous avons tous deux identifié le même danger.  Iacchos montre la route, je sens qu’elle mène vers une porte-passage.

 

Je dirige mon regard vers les deux autres cavaliers.  Petit à petit leur aspect change, comme s’ils montraient enfin leur vraie nature.  Mais les trois cavaliers ont gardé leurs canines très développées, ce qui leur donne un air un peu inquiétant.

 

bouclier,lune,étoiles,pléiades,bronzeAu début, le sphinx s’accrocha à son étalon comme un lion à sa proie et du sang perlait sur la robe couleur nuit étoilée.  Excité par le jeu, le sphinx lâcha plein de jets de sève laiteuse maculant encore plus la robe de l’étalon.  Maintenant le sphinx s’est changé en jeune et maigre adolescent, un daïmôn-page.  Il semble très doux et chevauche tranquillement. Toute trace de sang et de sève ont disparues. Sa monture s’est magiquement harnachée.  Il a une bride à chaînettes d’or et une selle d’or posée sur un tapis pourpre à motifs cousus au fil d’or.  L’adolescent est habillé de vêtements de la renaissance florentine.  A son flanc pend une épée à poignée d’or dont la lame est d’acier couleur d’argent.  Sont accrochés à son dos, un arc et un carquois empli de flèches.  Un léger bouclier rond en bronze, décoré de trois lunes d'or dont une est pleine, d'étoiles d'or dont les pléiades, protège son épaule gauche.  Il offre son jeune visage à la lumière de la lune.  Son regard nostalgique ne parvient pas à quitter l’astre, il semble avide de lumière et de chaleur.  Je sens qu’il est là pour protéger le faune et que, s’il a pris un air loufoque auparavant c’est pour paraître plus innocent au troisième cavalier,  pour le distraire et le garder à distance, pour l’hypnotiser.

 

 

 

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"Iacchos montre la route, je sens qu’elle mène vers une porte-passage" 

 

 

Le troisième cavalier monte un étalon couleur brume du matin.  C’était un lémurien au pelage très doux, à la stature légère et aérienne. Il chuchotait à l’oreille de l’étalon comme pour le flatter, seul ses yeux jaunes à la pupille en amande trahissaient sa cruauté. Maintenant c’est un homme d’âge mur à l’air austère. Il est revêtu comme un cavalier romain, d’argent et de blanc, sans aucune décoration. Son visage est blafard, glacé et dur.  Il porte deux javelots d’argent bien aiguisés.  Quand enfin je parviens à croiser son regard, j’ai un choc : ses yeux d’un froid inouï sont gris très pâle, ils sont comme morts.

 

Je sais que les choses et les gens sont rarement ce qu’ils paraissent au premier abord.  Les métamorphoses qui viennent de se réaliser en sont une preuve de plus. Seul le troisième cavalier est profondément mauvais et il faudra à tout prix l’empêcher de franchir le passage. 

 

L’oiseau qui avait l’aspect d’un rouge-gorge tant qu’il reposait sur l’épaule du faune a pris son envol.  Il est rouge et joue avec le faune comme une hirondelle de mer.  Il passe à la droite du faune, puis au-dessus de sa tête pour voler ensuite à sa gauche, tantôt plus haut et tantôt plus bas.

 

Je me réveille en nage et vérifie aussitôt si Iacchos est bien rentré.  Je le trouve paisiblement endormi…

 

 

A suivre...

 

 

 

 

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