25/01/2008

60) Étymologies grecques du mot labyrinthe, suite.

Étymologies grecques du mot labyrinthe, suite.

Voir n° 48 avant de lire ce texte.

 

Ici, je peux reprendre le fil de mon premier propos.

 
Pour moi, le mot 'LABURINTHOS' n'a absolument rien à voir non plus avec une hache, ni de près, ni de loin. Si on accepte que les Grecs aient beaucoup appris chez les Égyptiens, on pourra développer autrement l’étymologie du mot labyrinthe. Car les Égyptiens sont non seulement les inventeurs du labyrinthe - et non les Crétois -, mais ils ont aussi transmis aux Grecs certaines notions autour de la symbolique même du labyrinthe.

 

Le mot 'LABURINTHOS' a en effet deux sens en grec ancien: celui égal au notre de labyrinthe, et celui de nasse de pêcheur. Mais la racine est manifestement commune aux deux sens! Il s'agit du radical LAB signifiant 'prendre' et du mot URRIS signifiant 'panier d'osier'. Le suffixe IND ou INTH caractérise tous les jeux d'enfants en grec ancien. Le sens-racine d'origine du mot 'LABURINTHOS' signifiait donc le jeu du poisson pris dans la nasse.

Or le filet de pêcheur, fait de nœuds, est une piste de plus sur le lien labyrinthe-nœuds. Ce lien est rappelé dans l’histoire de Dédale et de la fourmi (nœud à sa patte) que je vous ai raconté dans un chapitre sur la spirale (55, La spirale, 3, Dédale, le fil et le Nautile.). Cliquer sur l’image pour voir le chapitre.

dédale-fourmi

 

 

Ce lien entre le fil d’Ariane (emmêlé ou démêlé, avec comme nœud au minimum celui de départ permettant de fixer le fil à l’entrée du labyrinthe) et le labyrinthe est essentiel si on ne veut pas « subir » le labyrinthe. Ce lien peut être le mythe lui-même, ou les hiéroglyphes qui servent à comprendre la vie ou encore une série de tableaux.

 

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Cnossos, Crète, monnaie,
vers 500-431 av. J.C.
- Le Minotaure et le labyrinthe, ce dernier pouvant être imaginé comme une nasse de pêcheur.-

 

Or le labyrinthe symbolisait aussi en Egypte le parcours du vivant, qui une fois arrivé au passage de la mort, devait récupérer 'ses deux âmes hier et demain' signifiées par des poissons.

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Ci-dessous : peinture d’une tombe égyptienne dans la Vallée des Rois : le défunt harponne deux poissons,

 

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Au passage, je voudrais aussi souligner ici la condescendance souriante avec laquelle trop de contemporains expliquent les scènes d'agriculture, de pèche et de chasse dans les tombeaux égyptiens y compris jusque dans les musées: les défunts, gentils naïfs, pouvaient ainsi continuer à vivre ces scènes dans l'au-delà. Or, pour l'Égyptien, tout était hiéroglyphe, donc tout était sacré et symbole.

Pour résumer, le vivant (dont l'âme est 'poisson') parcourt donc le labyrinthe de sa vie terrestre et il est, quoi qu'il fasse, programmé pour la mort. Ce mouvement dans le labyrinthe s'apparente à la danse du poisson emprisonné dans la nasse et promis à une mort proche.

 

eg-poisson-nasse
Ci-dessus : représentation provenant d’Athènes.
 

Sur une représentation de dieux égyptiens tirant une nasse de pêcheur remplie de poissons est symbolisé en tout petit au sommet 'l'héritier des jours', l'âme après sa transformation par le passage à travers le labyrinthe de la vie. Cette âme est représentée sous la forme d'un héron cendré, signifiant pour eux le phénix. L'âme s'incarne sur terre sous forme d'une cigogne (chez nous en Europe elles apportent les bébés…) puis se transformera après la mort en phénix.

 

filet-egyptien-003

 

Sur une autre représentation (dessin ci-dessus) on peut voir le filet-labyrinthe de la vie tendu entre deux supports. Les supports sont des hiéroglyphes. Or 'hiéroglyphe' s'écrit en égyptien 'mdw ntr', 'bâton de dieu', bâton sur lequel nous appuyer dans la marche de la compréhension du sens de la vie, de nous-mêmes et des autres. La trame du filet désigne encore sur ce dessin la structure liant les hiéroglyphes démêlée par les supports: le pieu-bâton rend le filet compréhensible. L’étude est donc un devoir afin de nous y retrouver dans le labyrinthe-filet de la vie, et de comprendre son sens. Ce qui me frappe dans les sculptures de Shiva Natarâja (l’une des principales divinités hindoues), c’est que la plus grande erreur que puisse commettre l’homme est de rester dans l’ignorance. Le fil d’Ariane, je ne puis donc assez insister, est essentiel.

 
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Un égyptologue aura de suite remarqué qu'en fait ce dessin de filet tendu constitue en lui-même un hiéroglyphe: on prend le mot 'hiéroglyphe' en hiéroglyphe, on précise le ntr en spécifiant qu'il s'agit de hr et on intercale entre les deux lettres hr et mdw un filet. L'art de commenter un texte par permutation est, lui aussi, né il y a bien longtemps…

 
Les hiéroglyphes rendent donc la vie compréhensible dans ce qu'elle a de plus sacré, et ils nous permettront si on les médite bien de pouvoir un jour sortir à la lumière du jour, et de voir la Lumière en face tel Horus le faucon.

 

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Ci-haut: représentation égyptienne du 'benou', le phénix, sous la forme d'un héron cendré.

 

Je voudrais, pour terminer cette proposition d’étymologie grecque du mot labyrinthe, vous proposer un extrait du « Roman de la Rose » de Guillaume de Saint-Amour :

 

« C’est le poisson qui passe

Par la gorge de la nasse

Et quand il veut retourner,

Doit y demeurer malgré lui

A jamais emprisonné

Car tout retour est impossible.

Les autres qui dehors sont restés

Quand ils le voient accourent

Et pensent que ses ébats

Sont plaisir et grande joie,

Quand le voient là tournoyer

Et paraissant danser…

…mais là, il faut vivre hélas !

Tant que la Mort vous en délivre… »

 

3333 001

 

 

Si vous voulez en savoir plus sur la symbolique en Egypte, je vous recommande chaleureusement le livre « Amours et fureurs de La Lointaine », écrit par Christiane Desroches-Noblecourt, publié aux éditions Stock/Pernoud. Vous y verrez certaines illustrations qui renforceront ma thèse…

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Commentaires

*oo* Ce qui est sûr, c'est qu'en quittant ce blog, on repart un peu moins con :-)
Merci de ta visite chez moi,
belle soirée :-)

Écrit par : Loo | 25/01/2008

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Bon dimanche à toi Eric et un grand merci pour tes mots ! Bisous à toi,

Écrit par : Mélusine | 27/01/2008

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Je suis toujours frappée par les expressions d'une universalité (avec des subtilités et différences ) entre les différentes cultures ,pour tout ce qui touche à l'humain,aux symboles..des interprétations croisées parfois-

Écrit par : orphea | 02/03/2008

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