29/10/2009

128) Andrea (Extraits d'un récit de voyage, 7)

 

Andrea

 

Durant le mois de septembre, j'ai eu un grave problème d'ordinateur. Un travail de deux semaines s'est retrouvé effacé, et parmi ce travail la plus grosse partie du carnet de voyage mise au net. Pour les articles suivants je me contenterai d'un résumé et des photos rescapées, car il faut savoir choisir : peindre et dessiner ou écrire... Si des notes se sont effacées, c'est qu'elles ne devaient pas être publiées et c'est bien ainsi. De la rencontre avec Andrea il ne me reste donc que les quelques notes que voici...

 

 

C'est à la piscine de Bélézy que je rencontre Andrea. Son prénom est un dérivé du prénom grec Andreas. En France on prend souvent ce prénom pour celui d'une fille (écrit Andréa avec accent aigu), alors que c'est celui d'un garçon en Italie (écrit sans accent). Or Andrea est d'origine italienne par son père, et française et indienne par sa mère. Il m'explique que son prénom est dérivé du terme grec andros qui signifie "homme". Andrea passe son temps à nager ou à lire au bord de la piscine, il semble assez solitaire. Mais en faisant sa connaissance je suis fasciné par sa culture, assez étonnante pour un jeune homme de 18 ans, et par les relations qu'il doit sûrement avoir. Hésitant entre une inscription à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris et des études pour devenir archéologue, il choisit finalement cette dernière option. Sa culture est très large et couvre plusieurs champs culturels différents. Je lui parle de ma visite de Bourg-Saint-Andéol et il m'apprend de nouvelles choses sur Mithra. Il me raconte qu'il y a un mithréum superbe à Rome. On en vient à parler de symboles, de l'homme roi et de l'homme esclave, de l'arbre des sefirots, de l'étoile à huit branches... Comme je m'en étonne il rit et me dit qu'il est « fils de la louve » et que c'est donc normal pour lui de savoir cela. Plus sérieusement il me dit qu'il aimerait qu'un jour ce savoir devienne connaissance. Il parle avec passion de sa ville d'origine, Rome. Il fait des recherches sur les mystères dionysiaques. Le dieu Dionysos représente certaines similitudes avec le dieu indien Shiva Roi des danseurs, et là aussi il m'étonne par son analyse. Modeste il me raconte qu'il aimerait simplement creuser ses racines indiennes.


Un soir, ceux de mon logement ont décidé de jouer aux cartes. Préférant la promenade et une dernière tête dans la piscine, je retrouve Andrea assis rêveusement sur un pliant, m'attendant tout seul au bord de la piscine. Il connaît mes habitudes. Au loin il y a les bruits d'une fête au bar-restaurant. Il a apporté une flûte, il fera bientôt sombre. Dès mon arrivée il retrouve son humeur enjouée, il m'avoue en riant avoir bu trois verres de vin alors que d'habitude il ne boit pas d'alcool. Comme souvent il passe du rire à un état très sérieux. « Tu veux que je danse pour toi ? » Je dis oui, et il commence une danse envoûtante. Il devient Dionysos ou Shiva, je ne sais trop, car il y a des deux dans cette danse. Il joue de la flûte et danse en même temps, nu, pour toute vêture il porte un bracelet autour de la cheville gauche et un collier au cou. Au bracelet pendent des grelots. Ses cheveux longs lui donnent un air androgyne. La nuit approche, on est entre chien et loup. A un moment deux garçons et deux filles nous rejoignent. Un des garçons a un tambourin avec lui, ils semblent se connaître. Car à un moment une des filles sort une flûte de son sari, Andrea dépose la sienne, le garçon au tambourin se met à battre la mesure. Andrea se met alors à exécuter une danse très complexe où le regard et le jeu des mains est au moins aussi important que celui des pieds. Son corps devient luisant de transpiration. L'autre fille se met à battre la mesure avec ses mains. Et le dernier garçon, après s'être éclipsé un instant, revient avec des couvertures et des petites bougies à thé, il dispose ces dernières en cercle autour d'Andrea. Cette fois nous avons quitté la France, nous sommes en Inde. A la fin de la soirée, c'est l'heure du loup. On s'est vêtus des couvertures de laine, car un léger vent frais s'est levé. On reconstruit le monde. Les ténèbres enveloppent chaque visage de mystère. On entend le cri d'oiseaux de nuit, au loin la fête est terminée. Une des filles m'interroge longuement sur ma peinture et ma technique. A mon tour d'être soumis à l'épreuve de la modestie, car Andrea m'a présenté aux autres comme un des seuls maîtres rescapés du naufrage de l'art, maître de la peinture à l'huile héritier « du temps où on connaissait encore cette technique ». La fille, elle, a opté pour les études à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Elle est inquiète quant à son choix, son compagnon tente gentiment de la rassurer. Je comprends alors que si Andrea est venu à Bélézy avec ses parents, ses compagnons tous du même âge que lui et se connaissant sont venus en couples. Les couvertures nous ayant donné chaud, nous décidons de nager une dernière fois avant de rentrer. Rires, éclaboussures d'eau... L'eau est froide, la piscine éclairée seulement par des spots dans l'eau ne nous prive pas du ciel étoilé...


Le dernier jour passé à Bélézy, je fais pendant la journée deux dessins aquarellés d'Andrea, je lui en donne exceptionnellement un en gage d'amitié, et je garde l'autre reproduit ci-bas...

 

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S6000015bbelezy 1003bl
Copyright Eric Itschert

 

Commentaires

Ton texte est fascinant Eric. Ce jeune homme, Andrea, ne l'est pas moins. Il n'est pas de ce temps, il est hors cette réalité, sa culture et sa beauté l'élèvent au-dessus de la moyenne des hommes. Il est de ces rencontres extraordinaires qui nous transportent au-delà de ce que les mots peuvent dire. C'est ce que je ressens en lisant tes lignes, une grande part d'indicible, qui donne à rêver...
Je te souhaite une très belle soirée et je t'embrasse.

Écrit par : Thaddée | 01/11/2009

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