05/12/2009

133) Cybèle et Attis

 

133) Cybèle et Attis


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Cybèle est une divinité originaire de Phrygie.  Elle devient rapidement une des plus grandes déesses du Proche-Orient antique.  Elle n'est pas concevable sans Attis.  Les conditions de sa naissance sont assez proches de celles de ce dernier.  Attis est selon différentes versions mythologiques le protégé de Cybèle, son amant, le gardien de son temple et sa victime.  Cybèle, enfant du roi de Lydie et de Phrygie Méion, est abandonnée par son père au sommet d'une montagne nommée Cybélos.  Elle est nourrie par des bêtes sauvages avant d'être recueillie par des bergères.  Attis, en dehors de la légende le faisant naître dieu à partir d'un amandier (Pausanias, VII, 17, 10-12), est exposé à sa naissance sur une montagne.  Une chèvre le recueille, l'allaite et l'élève.  Il devient berger.  Il est d'une très grande beauté.  Bien sur Cybèle et Attis devaient se rencontrer, et Cybèle est prise de passion pour Attis.  Dans une version du mythe, Cybèle est possessive et jalouse. Elle exige d'Attis une totale chasteté.  Mais Attis tombe amoureux d'une charmante petite nymphe, Sagaritis.  Il découvre les joies de l'amour avec elle. Folle de rage, Cybèle tue la nymphe et enlève toute raison à Attis qui s'émascule.  Tantôt il meurt, tantôt il est obligé par Cybèle de la servir à tout jamais, emprisonné dans la forêt phrygienne.  Tel est le désastre provoqué par une déesse qui ignore ce que c'est qu'aimer.  Dans le cas de sa mort, Attis est ressuscité sous la forme d'un pin. 


Dans une autre version plus positive du mythe mais malheureusement moins connue, Cybèle amoureuse d'Attis le prend comme amant et en a un enfant.  Ici c'est le père de Cybèle qui tue Attis parce qu'il a attenté à la virginité de sa fille.  On possède donc plusieurs légendes, allant d'une déesse humaine à une déesse noire et terrible. 

 

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Malheureusement c'est la version déesse noire qui frappe aux portes de la Grèce d'abord et de Rome ensuite.  Cybèle est nommée « Grande Mère », « Mère des Dieux », « Grande Déesse », et cette mère abominable est montée sur un char traîné par des lions.  Sa tête est surmontée de petites tours, symboles des villes qu'elle protège.  Dans un premier temps, les Athéniens rejettent le culte provenant d'Orient et en tuent un prêtre.  Ensuite, autour du thème manipulateur bien connu de l'expiation, l'oracle d'une pythie leur enjoint de recevoir la déesse.  Aussitôt accueillie, cette dernière vampirise le nom de Rhéa et s'installe dans le pays.  L'empire romain est tout aussi réticent à accueillir cette déesse.  Il est d'abord formellement interdit à tout citoyen romain libre de devenir prêtre de Cybèle.  Un citoyen romain se doit d'être pleinement homme et d'avoir des enfants.  Or les fêtes consacrées à Attis mènent aux pires excès : des eunuques se fouettent jusqu'au sang pendant que des jeunes hommes se tranchent le sexe avec un silex.  Ces derniers deviennent symboliquement femme.  Ils sont appelés « galles », prêtres de Cybèle, et ils offrent leur sexe à Cybèle dans la « chambre nuptiale ».  En échange on leur promet évidemment l'immortalité, selon la rengaine bien connue « ne vis pas ta vie ici et on te promet que tu pourras la vivre dans l'au-delà ». A chaque printemps revient le bain de sang en l'honneur de la déesse : la castration implique d'énormes risques et nombre d'adolescents et de jeunes hommes meurent saignés à blanc.  A Carthage, un autre dieu de sinistre mémoire règne : Baal.  Et c'est à la troisième guerre punique que la résistance de Rome fléchit devant la déesse.  En effet, Rome cherche des alliés en Asie pour affronter Carthage et envoie une délégation chez un ancien allié, le roi Attale.  Dans sa cité de Pessinonte, Attale remet une pierre noire, sacrée, à la délégation.  Cette pierre noire venue du ciel est considérée comme contenant une partie de l'essence de la déesse Cybèle.  Elle montre l'archaïsme du culte de Cybèle, son côté barbare et primitif.  La pierre noire est plus que probablement un fragment de météorite : en 204 av. J.C., des pluies de pierres inquiètent les romains.  Les livres sibyllins sont consultés : une prophétie indique d'amener la déesse Cybèle à Rome.  La délégation romaine ramène donc la pierre à Rome et l'installe dans le temple de la Victoire sur le Palatin un 12 avril.  La troisième guerre punique peut se dérouler dans une horreur sans nom.  Pendant ce temps le culte de la violence introduit par la pierre noire se propage dans tout l'empire romain.  Le culte reste pourtant longtemps marginalisé pour les raisons évoquées plus haut, jusqu'à l'empereur Claude, qui va l'officialiser.  Selon certains, il s'agit alors de contrer le christianisme naissant.


On lit souvent que Cybèle est le pendant de Dionysos : les deux religions sont des religions à mystères ( si vous  suivez le lien, une fois sur le site, tappez "ésotérisme" puis "Les Mystères - lire le texte").  Bien que tous deux dieux de la nature, remarquons quand même qu'ils sont à l'opposé l'un de l'autre ! Dionysos favorise la vie, le plaisir, la sexualité innocente et joyeuse. Cybèle au contraire favorise la mort et veut sacrifier une partie de la vie et toute la sexualité en échange d'une promesse de résurrection dans une autre vie.  Le Christianisme suivra malheureusement plutôt la seconde tendance mais de manière beaucoup plus douce (1) : plus de sacrifices sanglants, mais la haine du corps et la promotion de la chasteté considérées comme vertus premières au détriment du message d'amour originel du Christ...

 

 

(1)   Pour être juste, il faut noter que les mystères de Cybèle proposeront plus tardivement un rituel où l'automutilation du myste sera remplacée par les organes génitaux d'un taureau sacrifié.  Quand au Christianisme, il imprègnera pendant des siècles notre sexualité, vécue dans la honte totale et réduite à des fins strictement reproductrices.

 

Les dessins ci-bas représentent Cybèle avec sa couronne de tours et Attis avec son bonnet phrygien caractéristique.

 

 

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Commentaires

Bonsoir ...comme les dieux peuvent parfois refleter la via sur la terre et la conception des humains...

Le recit que tu nous proposes en est un example.

Merci

Écrit par : Giacomo | 09/12/2009

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