06/12/2010

178) Internet : publier ou ne pas publier ?

178) Internet : publier ou ne pas publier ?

 

 

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Sculpture devant les Musées Royaux des Beaux-Arts à Bruxelles

 

Publier ou ne pas publier ? Montrer et partager un travail qui vous tient à cœur ou rester caché ? Probablement parce que vous avez une âme de kamikaze, vous choisissez l’option montrer et partager.

 

Et puis un jour on vous écrit qu’on s’est permis de publier vos images sur un autre blog, malgré l’avis que vous avez mis –demander l’autorisation AVANT toute publication- et devant le fait accompli on vous presse d’accepter la chose. L’avis était pourtant publié en français, langue écrite par votre interlocuteur. Puis un autre jour on ne demande rien, et vous voyez des éléments de votre travail publiés de manière partisane et/ou totalement hors contexte. Régulièrement vous faites la police, vous élaguez, vous demandez le respect de votre travail.

 

Un bien-pensant, lui, m’a mis dans une colère noire en disant : ah mais il ne fallait pas publier des nus sur Internet, tu les as cherchés, tes problèmes ! Or le problème n’est pas dans la publication de nus (on en voit tous les jours dans la statuaire présente dans nos lieux publics, sans parler de la publicité et des affiches), mais bien dans le regard que l’on porte sur ces images. Mes nus sont avant tout une ode à la nature, à la beauté, à l’amour et à l’harmonie. Celui qui veut y voir quelque chose de malsain devrait se poser la question sur la pureté de son propre regard.

 

 

 

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Quadrige. Sculpture réalisée par Vinçotte et Lagae au Cinquantenaire à Bruxelles

 

 

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On veut nous faire peur : ne publiez rien qui implique, ne publiez que de l’anodin, du superficiel, du standardisé, de l’égalisé, du formaté, du politiquement correct. Toute notre société fonctionne de plus en plus sur la peur, et cela je ne puis l’accepter. Au secours, le petit chaperon rouge ne pourrait pas se promener dans la forêt sans finir dans la gueule du loup !

 

Le problème de vol d’images ne peut être évité mais ce n’est pas pour cela qu’il doit être accepté. Et le conseil de prudence ne doit pas mener à une société où on ne peut plus rien échanger de significatif. En attendant, lassé de passer du temps à faire la police j’ai demandé à la société protégeant mes droits d’auteur de prendre le relais.

 

Mais il y a aussi un aspect nettement positif dans ces constatations. Si mes images sont tant recherchées, tant recopiées et piratées, c’est qu’elles plaisent beaucoup. C’est en quelque sorte la rançon du succès. Or ces images ne sont que des images, c'est-à-dire un très pâle reflet de l’impact puissant que peuvent avoir mes tableaux sur le spectateur…

 

Lors de ma dernière exposition, j’ai remarqué qu’il y avait plus de public qui venait directement de l’étranger pour me voir. Ceci aussi ne peut s’expliquer que par mon blog…

 

 

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Sculpture devant la Bourse de Bruxelles

 

Commentaires

On est là en plein dans ce grand conflit entre deux conceptions très opposées de l'accès à l'œuvre d'art... D'un coté la protection de la propriété intellectuelle, combat âprement mené depuis Beaumarchais et qui a permis à de nombreux artistes de vivre et de travailler dans de bonnes conditions. De l'autre cet idéal démocratique, limite anarchiste, du partage, de la gratuité et de la facilité d'accès à l'art pour tous. Depuis quelques années Internet a bouleversé les équilibres en ce domaine: une guerre ouverte existe entre les tenants de l'une ou de l'autre conception, à coup de piratages, plates-formes d'échanges de données ou lois tel que Hadopi et consort.

En ce qui me concerne je fais partie de la génération Internet: lorsque je veux voir une oeuvre d'art je n'aime pas avoir à attendre, me déplacer ou payer; j'aime y accéder au plus vite, en quelques clics de souris... Même si, dans le cas de la peinture, il ne s'agit que d'une image trahissant souvent l'oeuvre - mais ce n'est pas le cas de la musique, de la photographie ou du cinéma.

Je me suis habitué à ce mode d'accès à l'art et j'avoue en profiter plus que largement depuis pas mal d'année. Par ailleurs, je suis également peintre amateur et je me sens donc à priori concerné par la propriété intellectuelle, mais je me dis toujours que j'ai tellement profité de ce système, tellement accédé aux œuvres d'artistes avec une facilité déconcertante, que je serais bien hypocrite aujourd'hui de critiquer ceux qui voudraient accéder à mes propres travaux de la même manière. Et puis c'est un esprit que j'ai acquis le long de toutes ces années: que des gens partagent mes œuvres m'apparaît bien plus flatteur que quoi que ce soit d'autre. Il m'est arrivé de trouver certains de mes travaux inopinément sur tel ou tel site ou plate-forme d'échange, parfois même dans des contextes que je n'approuve pas (idéologiquement, disons), mais je n'en n'ai jamais ressenti de colère ou de dépossession, au contraire je n'en n'ai été que plus fier de mon travail et d'être parvenu à toucher même des gens avec qui je n'ai à priori aucune affinité.

Alors évidemment, je ne suis pas professionnel, je ne vis pas de mon art ce qui rend la chose plus aisée: le pillage de mes travaux ne me met pas personnellement en danger. Je conçois que la donne soit différente pour des artistes pros, et en cela je respecte entièrement leur propre position lorsqu'il défendent la propriété intellectuelle de leurs œuvres.

Écrit par : Guil | 07/12/2010

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Merci pour ce commentaire tout en nuances qui montre un point de vue intéressant. Je dois préciser que lorsque on me demande l'autorisation de présenter certaines de mes images sur le net je donne souvent mon accord. Il suffit d'écrire un mail, cela ne demande pas tant de temps et permet de faire connaissance. Ce que je refuse par contre, c'est que mes images soient publiées n'importe où et sans me consulter. Eh oui, je suis du type de ceux qui voudraient tout contrôler dans leur vie :)))

Écrit par : Eric | 08/12/2010

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