25/01/2012

201) Le scandale s’amplifie.

L’artiste Anon Yme exige un droit de réponse.

 

Ceci est la suite de l’ « Exercice de style II »

 

 

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icare,iacchos,tout nu,entièrement nu,pavé,artiste,photo,modèle,poser,scandale,statue,vol,envol,nu-  Où est Icare, me demande Iacchos qui vient de rentrer à la maison. 

-  Oh, il avait fini de poser, je l’ai laissé s’envoler par la fenêtre.

-  Tout nu ?

-  Ben oui, c’est sa tenue habituelle.

-  On va encore avoir des plaintes des voisins.  Ils vont te reprocher de fréquenter de drôles d’oiseaux.

-  Oh, nos voisins du côté gauche sont toujours absents, ma voisine de droite sort rarement de son coma éthylique et les habitants d’en face ne l’ont pas vu car il
est  sorti par derrière.  En plus il a pris la couleur « statue monochrome ».  Les nus monochromes passent toujours 
mieux que les nus en couleur. 

-  Tu trouves cela normal, toi, que les statues volent ? 

-  J’ai l’intuition qu’on serait étonnés… et puis arrête avec cela, tu es toujours jaloux quand je fais poser quelqu’un d’autre que toi, que ce soit une fille ou un garçon.  D’ailleurs j’ai l’intention de continuer à travailler cette nuit, peux-tu prendre le relais ?

Iacchos me fait un grand sourire.  La hache de guerre est enterrée. Il se déshabille et pose à son tour entièrement nu, ne pouvant cacher le plaisir que cela lui procure. Je lui ai appris qu’il ne fallait pas en avoir honte. Il est étonnant : tantôt il adore contredire et se rebeller, tantôt il se soumet docilement à ce que je lui demande. Quand il vient à Bruxelles il parvient à s’intégrer parfaitement à toute la famille. Mais il se réfugie souvent à l’atelier pour étudier ou me voir travailler.

-  Dis, j’ai du courrier pour toi.  Je crois que tu t’es trompé dans ton article sur le nom de l’artiste anonyme qui a dépavé la rue.

-  Mais Iacchos, je te le répète, ce n’est pas un artiste qui a dépavé la rue.  Et puis comment veux-tu que je donne un nom à un anonyme ?

-  Tu as vu qui a dépavé la rue ?

-  Non.

-  Alors comment peux-tu être aussi affirmatif ?  Le nom, voilà ce qui compte dans l’art actuel à la mode.  Il n’y a plus d’œuvre d’art, il n’y a plus d’artistes, il n’y a plus d’art, il n’y a que des noms d’artistes et des critiques d’art pour les promotionner.  Si tu t’en prends au nom il y aura un vide abyssal et un nouveau crash boursier espèce de cryptocommuniste anti fétichiste irresponsable.  Je revendique le droit au fétichisme et à la différence !

-  Très bien. Tu feras une enquête pour voir si cet artiste existe réellement ?

Je reçois un nouveau sourire made by Iacchos, même ses yeux sourient et sa tête fait signe que oui. Ensuite on décide de s’arrêter pour manger. Iacchos enfile un peignoir pour affronter la fraîcheur du jardin et rejoindre la maison silencieuse où tout le monde dort. Il fait une razzia dans la cuisine et revient avec un plateau bien garni et une grosse enveloppe. En attendant j’ai débouché une bouteille de vin et j’ai ouvert l’ordinateur pour voir mes courriels.

-  Bon, donne-moi  ce courrier.  Bigre, ce paquet a été posté il y a trois heures, les postes sont de plus en plus rapides depuis qu’elles ont été dénationalisées (1).

 

L’enveloppe, blanche, est ouverte.  Iacchos le curieux y a fourré son museau.  Il y a une lettre de sommation me priant de republier une partie de mon dernier article avec une nouvelle photo et le nom de l’artiste. 

J’aurais mal entendu les murmures de l’être ailé, il ne s’agirait pas d’un artiste anonyme mais d’un artiste qui s’appellerait Anon Yme. Mais il n’y a pas d’adresse de l’expéditeur, juste un nom.  Je décide de faire une enquête sur le dépavage des rues à Bruxelles, mais en attendant je me plie de bonne grâce au désir de cet artiste.  On ne sait jamais, il pourrait exister réellement. Voilà ci-bas l’article remanié.  Il y a des centaines de photos accompagnant la lettre.  Elles sont censées prouver que l’artiste est allé dépaver les rues dans toutes les grandes villes du monde, qu’il est internationalement reconnu.  J’en choisi deux au hasard : une prise à Maastricht et une prise à Turin. J’enlève quand-même la phrase de trop, celle qui m’énerve tant elle est « bateau » : « l’artiste confronte audacieusement son œuvre à des œuvres anciennes, il ose l’extérieur alors que d’autres se réfugient dans le cocon des musées. »  Je la remplace par: « l’artiste utilise l’architecture ancienne comme écrin pour ses œuvres audacieuses ».  Je n’y crois absolument pas mais on peut espérer qu’ainsi il me fichera la paix s’il existe.

 

(1)    Dois-je rappeler qu’on est dans une fiction ?

 

L’article remanié

 

sous les pavés,pavés

«  Sous les pavés la plage, œuvre d’Anon Yme à Bruxelles.  C’est un subtil mélange de démesure décalée et de poésie subversive qui nous interpelle.  L’artiste s’en prend au sol de manière radicale, dénonçant la sensation d’étouffement que peut provoquer en nous l’univers de la ville.  Il a le courage de nous questionner sur la véritable relation entre le pavé et la rue.

L'artiste ose la transgression provocatrice de la rupture d’avec notre manière habituelle de concevoir l’utilisation du parallélépipède minéral dans  l’espace urbain. Son œuvre nous oblige à réfléchir la relation entre le  pavé solitaire pris dans son unité et noyé dans le groupe. L’artiste est particulièrement révolutionnaire dans le sens où en défonçant cette rue, il conteste le fascisme de l’ordonnancement des pavés dans une seule dimension, le plan. Le pavé peut enfin se libérer dans la tridimensionnalité... Ici encore, l’artiste utilise l’architecture ancienne comme écrin pour ses œuvres audacieuses. »

 

Ci-bas une intervention de l’artiste sous les remparts de Maastricht, en protestation contre la signature d’un traité européen : « Sous les pavés l’Europe ».

 pavés,Maastricht,remparts

 

 

Iacchos se tient derrière moi, relisant l’article posté.   Il regarde une des deux photos que j’ai scannée et puis va fouiller dans l’enveloppe. Il tire toute une série d’autres photos.

- Pourquoi donc est-ce que le milieu de l’art international a soudainement décidé de le boycotter ?  Tu ne trouves pas cela bizarre ? Il a exposé partout dans le monde !

- Iacchos, je ne crois toujours pas qu’il s’agit d’un artiste réel.  Tu délires.

- Attends ! Regarde !  Sur une partie des photos on a l’impression d’avoir des pavés faits de gigantesques morceaux … de sucre !

 

 

Turin,pavés

 

 

 

À suivre : L’enquête piétine!

 

Commentaires

Bonsoir Eric,

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Un exercice de style qui me dit qu'il est plus aise d'écrire de petits poèmes que de monter toute une fiction. Je n'imagine pas en écrire une, il me faudrait l'imager avant même de la commencer, comme d'établir un découpage visuel, un story-board en quelque sorte, sinon, je suppose qu'une bonne mémoire est nécessaire et une bonne analyse sur chacun des éléments qui la compose.

Beau travail, avec toute ma sympathie, Jack le poétiste.

Écrit par : © Jack le poétiste | 25/01/2012

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J'adore votre blog, beau travail.

Écrit par : Astrabox | 25/01/2012

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Moi je serais incapable d'écrire un poème en français et j'admire ton travail! Bizarrement je compte en français (ma langue maternelle), j'écris le plus facilement en français, mais les seuls rares poèmes que j'ai écrits étaient en néerlandais, la langue dans laquelle j'ai étudié en primaires et en humanités (secondaires).

Cette histoire-ci a commencé par un texte assez court, quelques pages. Mais ensuite tout un scénario s'est développé dans un rêve que j'ai fait la nuit suivant l'écriture de mon premier texte. Il ne restait plus qu'à noter la structure et la trame extrêmement complexe de l'histoire sur une première feuille. Récemment j'ai appris en visitant une exposition Galerie de la Reine à Bruxelles comment travaillait Simenon, auteur belge de romans traduit dans le monde entier: il notait soigneusement tous les personnages et la trame de son histoire sur une enveloppe jaune. Ensuite vient le découpage photo, car ici la photo joue un rôle important. Le découpage se fait d'abord par des esquisses rapides, ensuite par repérage sur certains lieux. J'ai une mémoire visuelle très aboutie de Bruxelles et je sais où retrouver ce que je cherche. Une fois le repérage réalisé je peux attendre le(s) jour(s) de beau temps et les bonnes heures pour faire les photos. J'espère juste pouvoir amener l'histoire à sa bonne fin, même si tout est déjà en place :) Il y a aussi les belgicismes dans mon français mais cela fait partie du tout :D

Bonne soirée, amicalement,

Écrit par : Eric | 25/01/2012

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Du sucre et du sucre roux (et j'adore les roux).
Intéressant comment trois textes sur trois blogs différents terminent par une histoire de sucre.

Écrit par : jérémie | 26/01/2012

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MERCI d'etre passé chez moi!! Sur la dernière photo je crois reconnaitre une porte romaine.....et celle ci est est droite !!!;-)

Écrit par : Jacqueline | 26/01/2012

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Je vais faire un petit tour à l'air libre...je n'ai pas tout compris.......whah...la vie dehors!

Écrit par : *MeL* | 27/01/2012

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Tu me feras mourir de rire. Mais surtout quelle émotion, tu sais tellement bien retranscrire "les bruits" de la vie, toujours cernée, chez toi, de je ne sais quoi "d'antique" qui bien sûr me ravit. J'attends avec impatience le dénouement de ton enquête. Bisou Éric :-) Amitiés.

Écrit par : Thaddée | 28/01/2012

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Pour Jérémie: oui, il y a parfois d'étranges concordances. Pour nos lecteurs qui ne comprennent pas: lire d'abord
http://pribislav.over-blog.fr/article-inarretable-94641202-comments.html#anchorComment
et de là suivre le lien vers Jay :D
Pour Jacqueline: en effet il s'agit d'une porte romaine et d'un reste de fortifications à Turin. J'aime te visiter pour respirer l'air (virtuel) de la Mer Méditerranée! Bisous, passe une heureuse nuit.
*Mel* est en train de se promener, vive la vie dehors c'est plus sain que de rester toujours devant l'ordinateur :-)
Pour Thaddée: chouette, le rire fait tant de bien! Je suis heureux d'avoir pu partager ceci avec toi :-) Je te souhaite de tout coeur une toute belle nuit et Iacchos qui est à coté de moi t'envoie des bisous (moi aussi)!

Écrit par : Eric | 28/01/2012

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Coïncidences amusantes. Mais, je n'y suis pour rien, c'est La Forban qui a parlé de sucre dans mon journal ;)

Écrit par : Jay | 29/01/2012

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c'est toujours une découverte quand je viens ici, un autre temps, un autre lieu, un je-ne-sais-quoi de différent. Bonne année 2012 !

Écrit par : Caro | 29/01/2012

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Petit mot pour Caro. Tout est fait "home made" :-) Merci pour tes encouragements, pour toi aussi je te souhaite une heureuse nouvelle année 2012 avec plein de créativité! Bonne nuit.

Écrit par : Eric | 29/01/2012

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Haha ! Je comprends mieux le complot international qui se fomente autour du sucre... =)
Pas de doute, il y a bien là un mystère. J'espère que l'enquête aboutira ; je veux voir Iacchos la mener à bien... Ne serait-ce que pour le voir encore, lui qui, définitivement, m'a fait rire avec son "cryptocommuniste!"
Je retiens aussi que "Les nus monochromes passent toujours mieux que les nus en couleur." Je ne sais pas pourquoi mais je le retiens. =)

Écrit par : Le forban | 30/01/2012

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Il est trop mignon ton modèle Iacchos. On devine que c'est lui sur plusieurs dessins, même si tu changes toujours un peu les visages... Ici il est miam mioum tout plein :))))

Écrit par : Tommy | 15/03/2012

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Ne rêves pas trop, cher tommy :D Quand Iacchos pose pour moi, il pose toujours seul, jamais avec quelqu'un d'autre. Il sera quand-même très heureux de lire ton commentaire :)

Écrit par : Eric | 15/03/2012

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