16/05/2012

211) A propos d’artistes de rue…

...et d’oiseaux dans le ciel

 

Voir le début de l'histoire

  

rue du musée,bruxelles

Rue du Musée

 

On est le troisième jour après la Nuit Blanche, le mardi 4 octobre 2011 d’après l’ancien calendrier. Il est dix heures quarante-cinq exactement.  Une porte s’ouvre discrètement rue du Musée.  Iacchos sort de la réserve du Musée d’Art Moderne de Bruxelles.  Il retrouve le soleil avec soulagement, son sac à dos rempli de champignons de Paris.

Il décide d’encore un peu flâner avant de se rendre à la brasserie.  De plus en plus de pavés manquent dans la rue. 

« Où peuvent-ils bien se cacher » se demande Iacchos.  « L’inspecteur Barnabé doit avoir du fil à retordre ! »

« Les Sinistres ont décidé que la Sécurité Sociale ne rembourserait plus que 0,05% des consultations médicales » titre en grand l’édition de 10 heures du journal « Le Matin ».  En plus petit on peut lire « Les agences de cotations Woody & Bloody sont contentes mais demandent de nouveaux sacrifices en raison de la récession empirée ».  C’est bizarre, se dit Iacchos, ce ne sont pas les pays qui ont les plus gigantesques dettes qui sont dans le collimateur des agences de cotations mais bien des petits pays européens… 

On y lit encore en grand : « 200 millions de dollars pour un tableau : « Le Cri » de Munch ».  Iacchos aime ce tableau, mais il se dit que cet argent aurait été mieux apprécié pour le démantèlement du labyrinthe et la construction de puits d’eau dans le désert des Grandes Montagnes du Nord-Africain.  Que de souffrances ce montant pourrait effacer… Peut-être que ce cri est celui du personnage du tableau qui est effaré du prix qu’il a atteint ? Ou est-ce le cri d’effroi du personnage qui voit les désastres nucléaires du futur ? Mais très vite Iacchos est détourné de ses sombres pensées. Son regard est attiré par de grandes affiches annonçant un nouveau décret émis par la Ville de Bruxelles : « Interdiction aux artistes de rue de se produire en public dans notre bonne ville ».  Manifestement les affiches ont été hâtivement collées ; la nuit dernière elles n’y étaient pas encore.  Ce décret suit celui sur l’interdiction de la mendicité de la semaine précédente.  Le décret prend effet ce jour à midi. 

 

 

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Artistes de rue au Mont des Arts

 

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Iacchos descend l’escalier du Mont des Arts et arrive dans le jardin.  Les artistes de rues y réalisent un dernier baroud d’honneur : dessinateurs, jongleurs, cabrioleurs, danseurs, magiciens, musiciens, tous ils enchantent Iacchos par la beauté de leurs gestes.  Beaucoup ont la peau tannée par le soleil, certains ont visiblement l’habitude de sauter certains repas.  Pourtant ils continuent leur art, les spectateurs sont émerveillés.  Iacchos reconnaît aussi des illustrateurs et des dessinateurs de BD.  Il achète un dessin à une jeune fille près d’une fontaine.  Le dessin est superbe et coûte cinq euros (1).  De nombreux oiseaux chantent dans le parc, des moineaux se disputent près de l’eau.  Il commence à faire chaud, tout le monde profite de cette journée de soleil parmi les dernières avant l’hiver.  Midi approche.  Les artistes disparaissent petit à petit.  Une vieille bruxelloise pleure :

- On ne les verra plus jamais.  Si ce n’est pas malheureux ! Que vont-ils devenir ?

Un petit vieux à la pipe intervient :

- Il parait qu’ils sont obligés de se réfugier dans la Forêt de Soignes.  La police en arrête déjà pour trouble à l’ordre public.  Le pouvoir a peur d’eux car ils détruisent les barrières entre les classes sociales. La ville aimerait réserver le centre historique au tourisme de luxe.

 

 

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Un guitariste et un dessinateur de BD rue de la Madeleine...

 

Iacchos hâte le pas pour descendre par la rue de la Madeleine vers le quai aux briques. 

Soudain il n’y a plus un seul artiste de rue,  plus aucun oiseau dans le ciel.  Restent seulement les corbeaux dressés pour se poser sur l’épaule gauche des galeristes et des critiques d’art.  Ils sont furieusement « tendance » cette année.  Laissons-les aux sombres tâches qu’ils ont encore à accomplir.

Soudain, il n’y a plus un seul souffle de vent.  Des enfants ramassent leur cerf-volant, dépités.  Les cloches sonnent.  Il est midi plein.  Iacchos entre dans la brasserie…

 

 

(1) Merci à tous les artistes et spectateurs qui à l’occasion de mon histoire ont bien voulu se laisser photographier…

 

Lire la suite de l'histoire: le crabe rouge mutant arrive dans nos assiettes…

 

 

Commentaires

Bonjour Eric

en effet ça me choque le tarif des oeuvres, pas justifié.. pure spéculation

les artistes des rues sont la vie la convivialité et ne font de mal à personne que du contraire ils égayent les rues, ils sont traités comme s'ils étaient des parias ça me révolte !!! je suis outrée !!

merci de ton passage dans mon petit coin

bonne journée :o))

Écrit par : nays | 16/05/2012

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Bonjour Nays, merci pour ton passage :-)

Dans mon histoire, il y a une part de réalité (le prix versé pour un petit tableau de Munch, aussi beau soit-il) et de fiction (heureusement en vrai les artistes de rue peuvent toujours se produire dans le centre historique de Bruxelles).

Toutefois même la fiction recouvre d'autres choses qui, elles, sont bien réelles: tentatives (rejetées) de certains bourgmestres pour interdire la mendicité dans leur commune par exemple. Interdictions, vexations, intimidations et contrôles d'identité systématiques envers les artistes de rues dans certains quartiers... Un exemple fort: le dessinateur de BD et le guitariste ont étés priés de déguerpir de devant le magasin rue de la Madeleine peu après que j'ai pris la photo! C'est le propriétaire du magasin qui leur a demandé cela, or il vend... du matériel pour faire du street-art!!! C'est vraiment un comble! Allez faire des tags avec les bombes de peinture que je vous vends, mais le pas de ma porte doit rester propre et dégagé! Toute fiction a un sens, elle nous fait réfléchir sur d'autres réalités qui sont évoquées symboliquement...

Je t'embrasse, à bientôt :-)

Écrit par : Eric | 16/05/2012

Intéressant .

Je trouve ta réponse à Nays très forte.

Excellent .

Écrit par : *MeL* | 19/05/2012

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waaouuohhh les photos des artistes sont magnifiques surtout celui qui fait des grosses bulles génial, merci pour tes commentaires sur mon blog je te souhaite un excellent week-end bisous

Écrit par : domi | 26/05/2012

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Merci Domi :) Le temps passe si vite ces derniers jours! J'ai été assez absent de ce blog, en raison de la création de la nouvelle page Facebook et de la promotion de la nouvelle publication sur mon travail de peintre. Il faut être au four et au moulin en même temps :D. Je te souhaite une belle semaine avec plein de soleil!

Écrit par : Eric | 29/05/2012

belle journée à toi mon ami

Écrit par : jojo de radon | 30/05/2012

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belle journée à toi mon ami

Écrit par : jojo de radon | 30/05/2012

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Merci Jojo! On a eu quelques très beaux jours de chaleur et de soleil. Je te souhaite encore de beaux reportages photos comme tu sais les faire :)

Écrit par : Eric | 31/05/2012

Ta dernière photo est incroyable avec les oiseaux au premier plan qui passent devant les gens. Très beaux artistes de rue. Nous nous avons les vestiges romains, vous vous avez les artistes de rue :-) Tu nous laisses en plein suspense avec Iacchios qui entre dans la brasserie... son sac à dos rempli de champignons (il ne perd pas le Nord ce jeune homme ;-)
Très bonne journée Éric, j'approche du dénouement, il va falloir, d'urgence, que tu te mettes à écrire autre chose ;-)

Écrit par : Thaddée | 12/06/2012

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L'histoire est loin d'être finie! Le suspense devient insupportable ;-) En fait le problème est le temps de publication entre chaque morceau, cela coupe un peu l'élan :( Et tout cela parce-que je fais mille choses à la fois :) A bientôt!

Écrit par : Eric | 12/06/2012

Et voila que la réalité rejoint presque la fiction! Etterbeek (commune riche de Bruxelles où viennent se domicilier de riches Français pour payer moins d’impôts): les mendiants sont limités à quatre par rue dans certains quartiers. Voir http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120717_00182915#

Écrit par : Eric | 20/07/2012

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