01/03/2016

307) Créer, nommer...

ou faire apparaître?

 

 

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« De chaque visage humain rayonne une transcendance… »

"Zwin N2 ", peinture à l’huile sur toile de lin, 80 cm x 100 cm, deux détails, © Eric Itschert

 

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Trop souvent les mots nous trahissent et sont source de confusion.

 

Prenons le mot si souvent utilisé par nous, les artistes, faute de mieux : « je crée… »

Ne devrait-on pas trouver un autre mot, par exemple " je restitue ", " je transforme ", " je nomme ", "je fais apparaître"… ?

Car nul être vivant ne possède la faculté de créer.

Créer s’effectue à partir du vide absolu.  Quittons le sens négatif de vide, rien, néant, pour y voir un sens plus positif : le vide est réservoir de tous les possibles.  Pour cette raison il est apparenté à l’éternité.

L’artiste nomme, que cela soit par l’écrit, la musique, la sculpture ou la peinture.  Nommer, c’est connaître et faire connaître, c’est faire apparaître.  L’artiste a donc une grande responsabilité sur ce qu’il fait apparaître et comment il le fait.

 

 

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"L'artiste fait apparaître..." la musique, photo © Eric Itschert

 

 

Amener au jour ce qui est caché

 

Si je fais apparaître quelques fragments de beauté, c’est pour dire à mon environnement : vous êtes tous de belles personnes, retrouvez la beauté qui est en vous.

Nommer c’est amener au jour ce qui est caché.  Si je dévoile la nudité de l’homme, c’est pour lui rendre sa noblesse et sa beauté, à l’encontre de ce qu’on voit trop souvent à notre époque.  A notre époque on navigue entre la dissimulation du corps et le dévoilement d’un corps souffrant et dégradé.  Comme si on ne pouvait dévoiler qu’avec honte et culpabilité.   C’est cette honte et cette culpabilité qui sont cause de beaucoup de mal.  Quelle est la représentation de son propre corps qu’un jeune d’aujourd’hui peut acquérir s’il ne tombe que sur des choses horribles en cherchant sur le net ?

Trop de civilisations détruisent le rapport que nous avons avec notre corps.

Quand je peins, je ne crée pas, je dévoile, je nomme.

Ce que je ne puis nommer, je ne le dévoile pas.  Je ne puis nommer יהוה (Hachem, la Transcendance).   Je ne le représente donc pas.  Mais ce que je connais, je peux le dévoiler.  Et je voudrais tant encore pouvoir chanter la beauté.

 

 

Chanter la beauté

 

Toute beauté est éphémère. Ainsi c’est la beauté qui m’apprend l’unicité de l’instant. François Cheng écrit dans son merveilleux livre « Cinq méditations sur la beauté » (éditions Albin Michel) : « Chaque être étant unique, chacun de ses instants étant unique, sa beauté réside dans son élan instantané vers la beauté, sans cesse renouvelé, et chaque fois nouveau. […] L’unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l’image d’une fleur ou d’un arbre, n’a de sens de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat, qui est la définition même de la beauté. » Ainsi l’univers est peuplé d’un ensemble de présences, et chaque présence, irréductible, se révèle être une transcendance.

Citons encore cette pensée d’Henri Maldiney : « De chaque visage humain rayonne une transcendance impossessible qui nous enveloppe et nous traverse. Cette transcendance [est] celle qu’implique, en chaque visage, sa qualité d’être, sa dimension métaphysique. »

C’est, écrit François Cheng, de cette réalité que naît la possibilité de dire « je » et « tu », que naît […] celle de l’amour…

 

 

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"L'artiste fait apparaître..." la sculpture, photo © Eric Itschert. Détail d'une sculpture, place du Musée à Bruxelles.

 

 

Je vous souhaite à tous de partout d’être libres, heureux et en bonne santé !

 

 

 

 

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Cliquer sur la photo pour voir la note:

 

 

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Voir la peinture "Zwin N2" en entier et lire une réflexion sur l'unicité de l'instant.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

Bonjour Eric

oui c'est tout a fait vrai le terme " créer " n'est pas approprié, je n'y aurais pas pensé..que sommes nous petits humains pour avoir cette prétention, je veillerai a ne plus utiliser ce terme :)

tu nous fait apparaître de belles oeuvres Eric

passe une douce journée
bises

Écrit par : NAYS | 03/03/2016

Répondre à ce commentaire

Coucou chère nays,

Rassure-toi, nous utilisons tous ce mot, et en relisant ce blog tu le retrouveras surement...

Merci pour tes encouragements! Nous sommes tous interconnectés, chaque sourire, chaque encouragement est comme les battements d'ailes d'un papillon ;-)

Bisous, bon weekend!

Écrit par : Eric | 06/03/2016

Quand j'écris une histoire, j'interprète, je rapporte. Peut-être que les premiers hommes peignant sur les parois de leur grotte créaient eux, car c'étaient les premiers. Sauf que si l'on y réfléchis ils ne créaient pas au sens propre du mot, ils copiaient l'image des animaux, ils traduisaient leur peur et leur désir de des vaincre ou de cohabiter avec, ils enfermaient leur image dans les murs pour mieux les contenir, les contrôler. Quand j'ai écrit 'Fragments d'une vie brisée' j'ai voulu transmettre le cauchemar d'un homme dans les mines du Laurion. Transmettre est un des mots les plus beaux qui puissent exister. Nous transmettons notre vision du monde. C'est déjà énorme. Bon week-end Eric, je t'embrasse et te souhaite de 'nommer' toujours plus :-)

Écrit par : Thaddée | 05/03/2016

Répondre à ce commentaire

Bonjour chère Thaddée,

En effet un des mots le plus juste et le plus approprié est 'transmettre'! Et comme tu l'écris, un des plus beau aussi.

Il nous replace dans cette interconnexion avec les autres dont nous reprenons enfin à nouveau petit à petit conscience, après des années d'individualisme acharné.

L'art contemporain mondain est totalement étranger à ces idées. Il fétichise la personne, l'isole dans un système néfaste de starification.
Faire table-rase du passé pour s'isoler comme individu "créateur" (à partir de "rien" puisqu'on refuse l'autre et la transmission) est dans la lignée de "l'hubris" contemporaine. Ce n'est pas par hasard que j'ai récemment lu un article sur les avancées de la science vers une relative immortalité de l'homme, de l'individu, au détriment de l'interconnexion et de la transmission.
Avec, quelle horreur, la conclusion qui s'impose: il ne faudra presque plus faire d'enfants, il n'y aura plus de place pour cela.

Donc il n'y aurait plus de place pour d'autres vies. Or notre vie sur terre est un apprentissage, une école, où nous ne sommes pas destinés à rester. C'est une école pour apprendre et pour transmettre, voilà comment l'amour éclot.
Le mystère de notre vie imparfaite de joies et de souffrances n'est pas dans le fait de payer une quelconque "faute" du passé, mais de naître, de se métamorphoser encore et encore dans la redécouverte de l'amour et de l'autre.

En conclusion, je ne puis qu'abonder dans ton sens, comme si souvent tu as trouvée les mots justes!

Bisous chère Thaddée, merci pour toute la richesse que tu m'apportes!

Écrit par : Eric | 06/03/2016

Coucou Cher Eric et Chère Thaddée,

Moi aussi j'aime beaucoup ce mot "transmettre".

L'homme occidental n'a toujours pas appris que rien n'est permanent.
Tout est appelé à mourir et à renaître différent sans cesse.

Chaque tentative de vouloir figer une situation est vouée à l'échec. Et elle est source de grandes souffrances.
Aimer c'est lâcher prise.

Pour mieux aimer la vie, on devrait paradoxalement être bien conscient qu'elle ne dure qu'un moment, non?

Bisous chaleureux à tous deux!

PS: Eric, tu viens me rejoindre à la piscine à midi?

Écrit par : Andrea | 06/03/2016

@Andrea/Iacchos (tu t'es vendu hihi)

Que de sages paroles sous le clavier de ce jeune homme ;-)

:-* :-* :-*

Écrit par : Eric | 09/03/2016

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