30/11/2017

404) Iacchos fait des achats...

…et use de ses talents de négociateur.

 

Début de l’histoire…

 

 

« Ce qui nous vient par surprise, comme un don gratuit de la vie, sans que nous l’ayons recherché, est joie pure... »

 

«  Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. » Évangiles, Mt 13 : 31-32

 

 

Iacchos rentre à la maison en courant d’air. Il a acheté un flacon de graines de sénevé au magasin bio au coin de la rue de Dinant. Il prépare un magnifique emballage digne des plus merveilleux origamis japonais, avec trois couches faites des plus beaux papiers. De l’intérieur à l’extérieur il y a d’abord un très fin papier de soie blanche et translucide, ensuite un papier plus épais imprimé en sérigraphie de motifs floraux, enfin un papier végétal aux motifs mystérieux. Je souris, j’adore son enthousiasme. Une fois l’écrin prêt, il y place religieusement une graine de sénevé, et va offrir le flacon avec le reste des graines à Rosanna. Pendant que Rosanna et moi on achève la préparation du repas, on envoie Iacchos dresser la table.

 

« - Je crois que c’est bien ce qu’il lui arrive » dit Rosanna, très maternelle.

« - Oui, cela lui permettra de mieux tourner la page par rapport à Lyon. Il est très pudique pour certaines choses, il parle alors par euphémismes. Cette dernière année ses deux colocataires et lui ont étés particulièrement proches. Et puis il y eut cette faille, ce manque de confiance qui l’a particulièrement choqué. Finalement, bien que le plus jeune des trois en apparence, c’est lui qui a le plus de maturité. Une fois qu’il a quitté Lyon, le couple restant n’y a pas résisté et a éclaté. Tous deux étaient très amoureux de lui, c’est lui qui était le ciment du groupe. Et puis il y a Noam, qui manifestement ne le laisse pas indifférent. Pour la première fois de sa vie Iacchos va se retrouver dans la peau de l’ainé. Je crois qu’il prend ce rôle très au sérieux… »

 

Iacchos revient à la cuisine avec un plateau vide.

 

« - La table est prête, j’ai le temps de me changer ? Il fait vraiment trop chaud maintenant !

- Oui, vas-y. »

 

Quand Iacchos revient, il s’est mis en tenue d’été. Il est habillé tout de blanc, et cela accentue le bronzage de sa peau déjà naturellement brune. Il porte un T-shirt sans manches avec une grande échancrure en V mettant en valeur son torse entièrement glabre. L’étoffe de son short est si légère qu’on devine la trace d’un mini-slip en dessous qui barre sa silhouette d’un trait légèrement plus blanc. Il porte des bracelets aux bras et à une cheville. A son cou il y a un collier, celui que je lui ai offert et qu’il ne quitte jamais même pour dormir ou se laver. Parmi ses bracelets il y a le tout nouveau cadeau de Noam. Quand il est revenu avec ce nouveau bracelet il était un peu inquiet de ma réaction.

 

« - Iacchos, quand on aime réellement on ne prend pas ombrage du bonheur de l’autre. En nouant une nouvelle amitié avec Noam tu n’enlèves rien à la nôtre, tu ne peux que t’enrichir et moi avec toi ! Vas vers toi ! »

 

Ce soir-là Iacchos dansait de bonheur, un vrai cabri ! Est-ce le poison de la jalousie qui a détruit leur trio à Lyon, plus que la suspicion ? En moi il retrouve la stabilité et le désintéressement qu’il n’a manifestement pas eu à Lyon. Entre ses cabrioles il venait me donner plein de bisous. J’adore de le voir si heureux.

 

Ce midi à table on le sent plus joyeux et espiègle que jamais. Aussitôt le dessert terminé, Iacchos me donne un bisou papillon et s’enfuit la démarche légère, muni d’un joli sac avec des rubans de couleurs, un sac contenant… une seule graine.

 

« - N’y vas pas avant trois heures ?

- Non, t’inquiètes, je vais d’abord me promener. »

 

Iacchos monte à la place du Grand Sablon, dans le quartier des antiquaires. Il y a repéré un splendide jeu de tarots, il va l’offrir à Noam. Cela sera son premier cadeau à l’adolescent. 

 

 

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« Il y a repéré un splendide jeu de tarots. » Photo © Eric Itschert.

 

 

Il réussit à négocier le prix en jouant sur son charme. Il connait bien l’antiquaire et lui a rendu quelques services en analysant des pièces avant achat. Il lui a ainsi évité bien des déboires. L’antiquaire est connu pour aimer les éphèbes. Iacchos l’a de suite deviné. L’antiquaire dit d’une voix geignarde :

 

« - Bon, c’est impossible de te résister. Je te l’offre.

- Non, c’est un cadeau alors je tiens à le payer ! Et je ne veux pas être ton débiteur, je n’ose pas imaginer ce que tu pourrais me demander ensuite » répond Iacchos d’une voix taquine en souriant des yeux.

« - Oh ! » fait l’antiquaire faussement indigné en avalant sa salive comme s’il se trouvait devant un appétissant dîner. Il ressemble à Gollum, se dit Iacchos. Je dois payer et sortir d’ici vite fait. Iacchos lui donne la somme qu’il a prévue ; le tarot en vaut vingt fois plus. Le garçon a un très bref instant de remords puis se dit : c’est pour Noam ! Un peu inquiet il surveille la porte de sortie. Il faut savoir vivre dangereusement quand on veut faire des affaires.

 

« - Salut, n’hésites pas à faire appel à moi pour expertiser certaines pièces, mais n’attends rien d’autre.

- Au revoir Iacchos, tu es vraiment cruel avec moi. Tu as de la chance d’être aussi beau ! Donne-moi juste un bisou ? »

 

Iacchos rit :

 

« - Ce n’était pas prévu dans le prix, tu ne l’auras pas. »

 

Iacchos sort du magasin accompagné du tintement de la clochette à la porte et du regard plein de regrets de l’antiquaire frustré.

 

 

En redescendant vers la rue du chêne, Iacchos a un choc : dans une vitrine on vient d’installer une poupée avec un très étrange couvre-chef. Elle n’y était pas tout à l’heure. Iacchos croit d’abord voir le reflet de son propre visage à la place du visage du mannequin. Mais c’est le visage de la poupée qu’il voit, son propre visage reproduit avec beaucoup de talent. L’illusion est parfaite. Avec ce couvre-chef réalisé à partir d’une tête de renard on dirait un chamane. Mais un chamane ne porte pas de tels vêtements, et aussi propres. Et puis ce chapeau a l’air tellement irréel et incongru ! On dirait un renard qui n’apparaît qu’à moitié, tel le chat d’Alice au pays des merveilles. Encore un coup de Noam, se dit Iacchos. Noam est un redoutable magicien ! Il fournit de plus en plus de magasins, que ce soit en superbes poupées pour touristes collectionneurs ou en mannequins pour magasins de vêtements de luxe. Cela fait très bizarre de rencontrer un frère jumeau vous observant derrière une vitrine, Noam a plein de tours dans sa poche. Iacchos comprend mieux pourquoi l’adolescent inquiète tant de gens dans le quartier. Et puis… s’il avait le même don que Iacchos et qu’il pouvait habiter un renard ? Un renard bien moins matériel et plus aérien que les animaux habités par Iacchos ?

 

 

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« Et puis ce chapeau a l’air tellement irréel et incongru !» Illustration numérique © Eric Itschert

 

 

« - Oh ! La tête de renard a disparue ! J’ai dû rêver » se dit candidement Iacchos.

 

renard,tête,crocs,colère,yeux étincelants,illusion,place du sablonUn peu avant, chez l’antiquaire. L’antiquaire regarde Iacchos s’éloigner. Il regrette maintenant de l’avoir laissé partir. Il s’apprête à sortir et à rappeler l’éphèbe. Il lui proposera de lui montrer une pièce exceptionnelle en provenance d’Egypte. Il a appris à connaître ses points faibles. Mais au moment de sortir un grand renard lui barre la route, crocs découverts et yeux étincelants. Il recule, effrayé : comment cette énorme bête est-elle entrée dans son magasin ? Iacchos s’éloigne de sa démarche si belle et si gracieuse, il ne pourra plus le rattraper… L'antiquaire semble pétrifié, le soleil le frappe de face et il lui devient impossible d'encore regarder les crocs dans la gueule du renard ni ses pupilles tant leur éclat aveuglant blesse ses yeux, comme de l'argent en fusion. Le renard disparaît aussi brusquement qu’il est apparu, l’antiquaire se prépare une tisane de camomille pour se calmer…

 

A trois heures précises, Iacchos se présente à la porte de la demeure de Rabbi Isaac.

 

 

 

 

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Commentaires

Vos publications sont toujours aussi agréables et pleines d'érotisme. Le modèle 273 est subjectif. J'aime. Merci.

Écrit par : Alain | 30/11/2017

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Cher Alain,

Merci pour vos encouragements qui me sont très précieux.
Quand on écrit et qu'on illustre son histoire, on se demande toujours qui lit la publication.
C'est comme si on abandonnait une histoire qui tient à cœur en pleine nuit dans une ruelle sombre au milieu d'une ville tentaculaire.
On ne sait jamais si l'histoire va être lue et si oui par qui.

Pourtant écrire et peindre sont des gestes naturels pour moi, comme de respirer, c'est une nécessité vitale.

Un petit mot comme le votre est comme un message précieux reçu dans une bouteille récupérée dans la mer :D

Je vous souhaite une très belle journée!

Écrit par : Eric | 01/12/2017

bonsoir Eric
un bisou papillon mais que c'est chou...il est tout plein de douceur Iacchos et a tellement envie de gâter avec d' étranges et si originaux cadeaux

je me l'imagine bien dans ce lieu où les antiquaires foisonnent, il y a ses connaissances et connait bien les astuces de ce petit monde, il n'est pas dupe, il a fait la bonne affaire :)

douce soirée Eric :)
bisous ☺

Écrit par : nays | 30/11/2017

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Coucou chère nays,

J'ai toujours adoré tes commentaires.
Ils sont chaleureux et joyeux!
Et j'adore ta manière de voir, elle enrichit mes histoires :-)

J'espère que tu vas mieux,
Andrea et moi on t'embrasse très fort!

Écrit par : Eric | 01/12/2017

Ah les antiquaires, un monde étrange et mystérieux tout rempli de passé, et peut-être bien de fantômes et d'hallucinations, oui. j'aime beaucoup tes illustrations, très pures, très symboliques. Cadeau pour toi, une ancienne photo que j'ai vue sur un site vintage et qui m'a fait irrésistiblement penser à toi et à ton oeuvre :
https://1.bp.blogspot.com/-niMOttTRvPQ/WabUgKrefQI/AAAAAAABByQ/bGiWwLXUH8seo0mzvAnvq2fA_V7aTPLegCLcBGAs/s1600/New%2BYork%2BCity%2Bin%2B1949%2B%252811%2529.jpeg
Gros bisou et bon week-end, fait-il aussi froid chez toi qu'à Lyon ?

Écrit par : Thaddée | 02/12/2017

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Merci pour ton cadeau, chère Thaddée: j'adore, c'est une photo superbe!

J'avais un ami qui a fait toute une série de photos de ce genre, en argentique, impression noir et blanc sur du papier baryté.
C'étaient des plongées sur des baigneurs prenant des bains de soleil sur la plage.
Il a fait ces photos aux Pays-bas dans les années soixante, on voit que les gens étaient bien et heureux.

Ici il ne fait pas aussi froid qu'à Lyon: le Gulf Stream (Manche) adoucit fortement notre climat en hiver...

Bisous, je te souhaite une très bonne journée!

Écrit par : Eric | 07/12/2017

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