09/06/2009

113) Cologne, 2

113) Cologne, 2

 

J'apprécie en ce lieu la confrontation de styles et d'époques très différentes. Il y a la cathédrale dont le cœur date du 13è siècle, la gare dont la partie la plus ancienne est style 19ème siècle, et puis toute une série d'éléments typiquement 20ème et 21ème siècle...

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© Eric ITSCHERT

 

Au Museum Ludwig j'ai revu avec plaisir la collection permanente. Il y avait aussi une exposition temporaire de Maria Lassnig : « Zeichnungen und Aquarelle 1946 - 1995 ». Ses dessins rehaussés d'aquarelles étaient amusants à regarder. Maria Lassnig écrit au sujet de son travail : « I decide on the colour in the same way I decide the form : arbitrarly. » et plus loin « ... It does not dépend on anything that already exists. It is my decision... » C'est bien cela qui cloche dans son travail : il est victime de poncifs académiques hyper usés, ce qui fait qu'il ne laisse pas d'impression durable, un peu comme après avoir sucé un bonbon acidulé reproduisant vaguement le goût du citron... Un tableau d'Anton Räderscheidt, daté de 1922, m'a frappé : il est intitulé « Mann mit steifem Hut ». Son personnage au col blanc et au chapeau melon est un précurseur des personnages du même genre de Delvaux et de Magritte. La technique utilisée est semblable à celle que Magritte utilisa plus tard. Cela faisait plaisir de revoir aussi la section du Pop art, où il y a à boire et à manger. Pour le reste j'avais oublié que ce musée possédait tant de dessins de Picasso... Nous avons traversé au pas de course une exposition temporaire de Christopher Wool (1).

 

(1) Dans d'énormes salles s'étalait cette exposition temporaire du musée, dont l'insignifiance était abyssale : des immenses peintures fastidieuses à force de monotonie, réalisées avec les dégoulinades et « la matière » (2) si chères à notre art contemporain officiel. Sur Internet ces peintures pouvaient encore faire illusion, mais en vrai c'était consternant, c'était la désillusion totale. Non seulement après en avoir vu une on les avait vues toutes, mais cela avait un air de déjà vu mille fois, il suffit de penser à notre cher compatriote Zurstrassen qui produit ce genre de peintures à la chaîne pour remplir nos espaces zozoculturels ! Bien sur le non artiste me dira que je n'ai rien compris à son non art, mais cela ne me plait pas de lire de l'anecdote à longueur de pages pour « comprendre » ce qu'il a voulu ne pas faire. Un tableau doit tout d'abord me parler, il doit me communiquer des émotions. C'est aussi pour cela que j'aime le symbolisme : il est un autre moyen de communiquer que la littérature. Certains « critiques » d'art esclaves de la doxa officielle s'y trompent d'ailleurs. Ce ne sont pas les tableaux à contenu symbolique qui peuvent être qualifiés de « littéraires ». Car ceux-ci sont basés sur une tradition orale commune et vivante qui pouvait aisément se passer de tout livre jusqu'assez récemment. Par contre le plus gros de l'art minimaliste et un pan de l'art abstrait ne peuvent pas fonctionner sans cette littérature explicative, indigeste à force de tautologies et de lapalissades, qui essaye de pallier à l'insignifiance de la chose montrée... Cette littérature permet de créer artificiellement une caste élitiste « d'initiés » et de la distinguer du « public ignorant ».

 

(2) Concernant « la matière » le garage d'un de mes voisins en offre de bien plus intéressantes. Il y a vraiment de quoi méditer devant un de ses murs, avec des textures différentes, des mousses, des crevasses, des couleurs pastels, des enduits variés, le tout sculpté par le temps. Il faut faire cela par beau temps, avec le soleil qui joue dans le feuillage des pommiers et qui rend le mur vivant par les ombres mouvantes. En prime on a l'herbe sur laquelle on s'assied et qui tache un peu les vêtements tellement elle est grasse, il y a l'odeur des plantes changeante selon les saisons, il y a le friselis du vent, il y a la pomme ou le miel offerts par ce même voisin qui sourit à mon originalité quand je lui demande au milieu de ma méditation de pouvoir un instant mouiller le bas du mur pour pouvoir observer le changement des couleurs, mur sec mur mouillé mur séchant à nouveau petit à petit par le vent léger et le soleil mouvant. Alors certains insectes sortent des fissures, l'eau perle par endroits formant des étincelles de lumière. Dois-je continuer ? Il n'y a vraiment pas de quoi courir au musée à Cologne ou ailleurs pour voir ce genre de choses, c'est artificiel, mille fois en deçà, mort, poussiéreux, sans goût ni odeurs ni soleil ni lumière ni miel, on y ajouterait même de la vidéo, cela ne peut que décevoir plus encore...

 

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