23/12/2014

283) Manneken-Pis a de la concurrence…

…et petit faune androgyne très bruxellois

 

  

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Manneken-Pis, photo © Eric Itschert

 

A) Qui est Manneken-Pis ?

 

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Si on consulte les archives de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, on remarque qu'il y a déjà une fontaine publique à cet endroit en 1388. Elle est constituée d'une statue en pierre dénommée « Petit Julien », un nom qui est parfois utilisé encore maintenant pour désigner Manneken-Pis, et est l’un des multiples points d’approvisionnement de la ville pour l’eau potable.  On ne dispose d'aucune représentation de cette première fontaine, mais dès 1452, le nom de Manneken-Pis apparait dans un texte. Le Manneken-Pis en pierre cède sa place pour une statuette en bronze, commandée en 1619 à Jérôme Duquesnoy l'Ancien (1570-1641, sculpteur bruxellois). Elle se dresse à l'origine sur un pilier, et l'eau se déverse dans une cuvette rectangulaire. En témoigne une gravure de Harrewijn, conservée au Musée communal de Bruxelles. Ce n'est qu'en 1770 que ce pilier est remplacé par la niche actuelle. La statuette échappe au terrible bombardement de Bruxelles de 1695 par l'armée française. En effet, des bruxellois la cachent, puis la replacent triomphalement sur son socle le 16 août 1695.

La légende la plus célèbre raconte qu'il s'agit d'un jeune garçon qui a sauvé Bruxelles de la défaite. L'ennemi assiège la ville et veut réaliser une brèche importante dans les murs épais de l’enceinte de la ville. Une bombe est placée à un endroit faible de la muraille, et une mèche est allumée. Heureusement, un petit garçon nommé Juliaanske se faufile au pied de la muraille et éteint la mèche en urinant dessus. Les assaillants sont repoussés et la ville est sauvée (1).

 

 

B) Manneken-Pis a de la concurrence !

 

Souvent les touristes japonais sont sidérés par la petitesse de la statue ! Ils en sont d’autant plus étonnés qu’on en vend des copies plus ou moins fidèles dans tout Bruxelles. Le hic c’est que bien des copies sont beaucoup plus grandes que l’original. Si au moins on s’était contenté de vendre des gommes et des chocolats à l’effigie de la statuette… Alors les touristes s’attendent parfois à voir une immense statue, et seul l’attroupement autour de la fontaine leur fait réaliser que c’est bien à  cet endroit que se trouve l’original… enfin une copie de l’original ! Mais cette histoire-là est trop longue à raconter ici. Un jour je me suis amusé à faire un reportage photo sur la variété des copies que l’on pouvait appréhender dans les échoppes touristiques de Bruxelles. Je vous en livre quelques photos ici. Je vous épargne les statuettes à but utilitaire, genre Manneken-Pis à zizi en tire-bouchon.

 

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Manneken-Pis a de la concurrence, photos © Eric Itschert

 

 

C) Petit faune androgyne très bruxellois

 

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 Petit faune androgyne très bruxellois, dessin et aquarelle, © Eric Itschert

 

Bon, tout cela c’est pour en arriver à un autre dessin redécouvert dans la pile de mes travaux près du carnet d’esquisses perdu (2) : c’est un faune très androgyne jouant à la flûte et urinant en même temps. J’ai de suite pensé à Manneken-Pis : mon petit faune n’est qu’un concurrent de plus au petit bonhomme bruxellois…

 

 

(1) Cette légende serait la plus ancienne (elle se situe au 13ème siècle), et subit des transformations au cours du temps. C’est normal pour tout ce qui résulte d’une tradition orale. Essayez l’expérience suivante : racontez une petite histoire dans un cercle d’une vingtaine de personnes. Racontez-la tout bas à votre voisin de gauche et à celui de droite. Prenez deux personnes en face de vous : chacune des deux devra raconter l’histoire telle qu’il l’a reçue de sa moitié du cercle, sans entendre l’autre témoignage. Vous verrez à quel point les histoires diffèrent. Une version plus récente de l’histoire du petit Julien est qu’il éteint la mèche d’une bombe incendiaire. Cette version ferait suite au traumatisme des Bruxellois suite au gigantesque incendie de 1695. Le bombardement de la ville de Bruxelles par les troupes françaises du roi Louis XIV, du 13 au 15 août 1695, et l’incendie qui en résulte, est la catastrophe la plus destructrice que la ville ait jamais eu à subir au cours de son histoire. Cet incendie est volontairement provoqué par le maréchal de France François de Neufville de Villeroy qui veut terroriser la ville en utilisant des bombes incendiaires. Ce personnage fat et imbu de lui-même fait assassiner la population civile par le feu, sans aucun état d’âme... 

 

(2) J’adore emmener certains de mes interlocuteurs dans le labyrinthe de mon blog, faute de les emmener dans le labyrinthe de mes pensées…

 

 

Bonnes fêtes à tous! 

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 Manneken-Pis à l'angle de la rue de l’Étuve et de la rue du Chêne, photo © Eric Itschert