08/09/2011

192) Dessins d’après photos

Jeune homme nu allongé sur le ventre

 

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 Esquisse sur papier gris, copyright Eric Itschert / Sabam

 

Dessiner d’après un modèle vivant fait partie pour moi des grands plaisirs de mon travail. C’est alors l’intuition pure qui guide crayons et pinceaux. Le volume du corps se dévoile dans son entièreté, à travers les trois dimensions. Une séance de pose peut se révéler très créative, comme je l’ai déjà évoqué dans la note 138 « garçon nu : feuille d’esquisses ».

Quand je dessine d’après photo, les limites imposées par les deux dimensions et le statisme du cliché peuvent donner l’impression d’une prison. Ce n’est que dans la mesure où l’on parviendra à s’échapper de ce carcan que de nouvelles formes de créativité seront possibles. Hockney est pour moi un maître à penser dans ce domaine (j’en ai parlé en bas de page dans une note antérieure).

On peut par exemple jouer sur les déformations occasionnées par la lentille, ou au contraire briser l’unité du modèle en le photographiant par fragments et en reconstituant le tout selon un nouvel ordre échappant aux déformations dues à la perspective. Hockney ne s’est jamais caché qu’il a été inspiré par Picasso. Dans sa période du cubisme analytique, Picasso a brisé le miroir des deux dimensions pour réassembler aléatoirement les morceaux du miroir en un nouvel ensemble qui était censé donner une meilleure idée des trois dimensions. Mais le miroir restait brisé. Hockney, lui, rend une cohérence nouvelle et harmonieuse à un assemblage qui crée un miroir nouveau. (1)

Dans l’exemple montré ici les deux esquisses d’après photo sont un simple exercice. Cet exercice permet toutefois de déplacer certains accents, d’accentuer des détails (lumières et ombres par exemple), d’en atténuer d’autres, ou encore d’introduire de légères modifications (incidence de la lumière modifié dans le dessin du dessus par exemple). Il s’agit d’un travail tout en subtilité que l’ordinateur ne permet pas d’égaler. Les modifications numériques sur la photo même sont d’un autre ordre : elles garderont un côté mécanique. J’en montrerai un exemple dans ma note suivante. La photo ou un dessin initial permet en effet de réaliser plus facilement des séries  sur ordinateur en démarrant d’une seule pose.

 

Une photo d’un garçon nu (ci bas) sert de départ pour un des dessins ci-haut…

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« François commence à s’assoupir. Je viens d’interrompre la pose pour le laisser dormir le temps d’une sieste improvisée. C’est mon appareil photo qui prendra le relais du crayon et du papier lors de son lent réveil. La rapidité d’exécution de la photo permettra alors de capturer le moindre de ses mouvements… » Copyright Eric Itschert / Sabam

 

(1)    Rajoutons pour éviter tout malentendu que Picasso n’utilisait pas de photo et Hockney bien !  En visitant l’abbaye de Fontfroide dans le midi de la France, j’ai pu observer un vitrail reconstitué aléatoirement de fragments de vitraux détruits pendant une des guerres mondiales.  Bizarrement j’ai de suite pensé aux miroirs brisés de Picasso.  Picasso était un grand maître en dessin, pourtant une part de sa vie a été consacrée à l’introduction du chaos dans la perception que nous avons des choses.