01/04/2011

186) Venetian and Flemish Masters

Venetian and Flemish Masters (Bruxelles 11/2 > 08/5/2011)

 

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Rue Royale. L'entrée du "BOZAR" est à gauche des rails :D

 

« L’idée de progrès est liée à la croyance que nous nous rapprochons du bien absolu, ce qui permet à beaucoup de mal actuel de se manifester » Magritte.

 

 

J’ai visité l’exposition "Venetian and Flemish Masters" avec un ami au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR).

 

Cette exposition nous promène du 15è au 18è siècle et nous présente des peintures tant de Maîtres flamands que de Maîtres vénitiens.  Parmi mes préférés il y a Rogier van der Weyden et Giovanni Bellini.  L’exposition s’articule autour des thèmes du portrait, les saints, du sacré et du profane.  Je suis bien d’accord avec l’idée que les écoles vénitienne et flamande n’auraient pu exister l’une sans l’autre.  L’exposition étaye cette thèse avec brio.

 

Alors qu’on est sous le charme Iacchos et moi, nous butons au cours de l’exposition sur deux objets bizarres et parfaitement incongrus. C’est deux sculptures bricolées par l’artiste belge contemporaine mondaine Berlinde de Bruyckere.   On ne sait par quel tour de passe-passe digne de notre pays surréaliste ces figures, tout juste dignes d’un cabinet de monstruosités pour foire, ont échouées ici.  Evidemment on n’échappe pas aux textes lénifiants justifiant la présence de ces choses anachroniques : « s’inspirant des corps dans la peinture ancienne, elle (Berlinde De Bruyckere) confronte (1) ici ses sculptures douloureuses à deux passions de Bellini, peintes au 15è siècle ».   On feint d’ignorer qu’il n’y a absolument aucun lien entre ces deux approches de la douleur ! Dans le cas des tableaux il s’agit d’une douleur emplie d’espoir, d’un monde empreint de spiritualité, d’un message rédempteur pour l’homme à travers son image. L’image présente un certain hiératisme qui magnifie les personnages, qui les met au-dessus du temps et de la corruption. Dans le cas des sculptures, il s’agit au contraire de la énième dégradation arbitraire de l’image de l’homme, telle qu’on en voit par milliers dans une large partie de l’art contemporain mondain. Il y a un gouffre entre l’intention exprimée et ce qu’il y a à voir, comme trop souvent dans l’art contemporain mondain. L’intention serait de représenter la douleur, mais elle est illisible. Il fait lire les textes pour comprendre ce que l’artiste a voulu faire. Ce qu’on voit est seulement déformation, dissolution et putréfaction du corps humain. Ce qui est montré ne mène à rien sinon au désespoir. 

 

Iacchos, avec son sans-gêne habituel, entreprend aussitôt le tour de l’exposition terminé un petit sondage parmi les visiteurs de l’exposition. « Laid et inapproprié » tel est comment Iacchos me résume les commentaires unanimes des visiteurs sondés (2).

 

S’il vous plaît, par pitié, qu’on arrête cette mode absurde qui consiste à nous imposer le mélange d’œuvres contemporaines mondaines avec des collections d’œuvres anciennes.  C’est pathétique que des « artistes » contemporains mondains croient un instant qu’ils sont les maîtres d’aujourd’hui par le simple fait qu’ils soient « confrontés » à de véritables anciens maîtres ! Et cela ne fait pas du tout notre affaire.  On veut pouvoir choisir ce qu’on va voir.  On aime voir des œuvres contemporaines qui se suffisent à elles-mêmes et n’ont pas besoin de littérature justificatrice.  On aime voir des anciens.  On déteste se faire infliger de l’art contemporain mondain où on se complait dans le crade, le dégradé et le vulgaire (3) (4). A chacun ses goûts, mais je n’aime pas que quiconque essaye de m’imposer les siens.  On investit arbitrairement les anciennes œuvres avec de nouvelles sans demander l’avis aux anciens, profitant de leur mort.  Ce manque total de respect pour les autres me révolte.  Cela démontre aussi que certains organisateurs d’expositions ne comprennent plus rien aux œuvres anciennes qu’ils exposent : l’histoire de notre époque s’arrête pour eux aux impressionnistes.  Avant ils survolent. La seule chose qui me console, c’est qu’ils obtiennent le résultat exactement inverse de ce qu’ils veulent obtenir : ce sont les anciennes œuvres qui sont admirées et non les nouvelles…

 

 

(1)      Expression tellement mode qui veut tout et rien dire, tels aussi les mots « radical » « oser », « interpeller », « interroger », « dénoncer », « décalé » dont on nous gave ad nauseam.

(2)    Unanime sauf une voix.  Une rédactrice en chef d’un magazine d’art belge a osé le mensonge qui ne tient pas un instant la route : les œuvres d’art contemporain sont là pour attirer les jeunes vers les œuvres anciennes, qui ne seraient sinon pas visitées.  Bien sûr, et si on ne croit pas celle-là vous nous en raconterez une autre ?  C’est pour cela qu’on titre l’exposition « Venetian and Flemish Masters » et pas « Berlinde De Bruyckere » ?  Pas de manipulation, Madame la rédactrice en chef ! Je déteste la langue de bois et votre torchon en est rempli, c’est « la voix de son maître » utilisant ce verbiage ampoulé dont certains critiques d’art mondains se gargarisent.

(3)    Tout cela sous le prétexte de « dénoncer ».  Mais dénoncer quoi, grands dieux ?  Dénoncer la spéculation immonde à laquelle vos œuvres participent ?  Dénoncer le système culturel mondain dont vous êtes les complices et les bénéficiaires ? 

(4)    On a aussi vu une sculpture et des photos d'œuvres de cette Berlinde dans la librairie Saint-Hubert à la Galerie du Roi, toujours à Bruxelles.  On était plusieurs à boycotter cette librairie jusqu’au moment où les photos foireuses (à prendre à la lettre) aient disparu.  Au moins on avait le choix : on pouvait acheter nos livres ailleurs !