22/09/2017

400) Débriefing avec Iacchos.

Histoires de faunes, seconde partie.

 

Lire le début de l’histoire…

 

 

En fin d’après-midi Iacchos et moi prenons un bain de soleil dans le jardin. On fait un débriefing, il y a trop de choses qui se sont déroulées ces derniers temps. En passant devant l’arbre à offrandes, on le voit encore transformé, c’est une porte ouverte vers l’autre monde. Il porte des fleurs merveilleuses qui éclosent le matin et fanent à la tombée de la nuit. Mais on préfère s’en éloigner, on ne sait jamais.

 

 

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« On préfère s’en éloigner, on ne sait jamais… »

 

 

On étend nos essuies et des coussins dans un coin de pelouse protégé par des buissons aux fleurs pourpres. Elles répandent un parfum légèrement sucré. A son habitude Iacchos se prélasse tout nu en plein soleil, sa peau brune ne craint rien. Je l’imite en laissant tomber mes bermudas, ensuite je m’allonge dans une partie partiellement ombragée par les branches d’un ancien pin sylvestre très odorant. Je souris intérieurement : au fond, moi aussi je supporte difficilement les vêtements. Iacchos fait simplement ressortir ce qu’il y a en moi. Une très légère brise fait bouger les branches, le sol de mousse dense est comme parsemé de taches de lumière mouvantes. On dirait une peau de léopard verte faite de lumière et d’ombre. Une petite fourmi vient taquiner ma peau. Iacchos s’étire langoureusement, il ferme les yeux et soupire de bien-être. Il a repris son état de faune. Quelques gouttes de liquide cristallin viennent se poser sur son ventre, elles brillent. Un fin fil transparent présage d’autres gouttes. Moi je le regarde, on ne se lasse pas de sa beauté… Ce jardin clos enchanteur, ce garçon s’offrant à mon regard en y prenant un véritable plaisir, le bruit de la source sortant de l’ancienne enceinte, n’est-ce pas cela le goût du paradis terrestre ? Moi aussi je me sens heureux, et merveilleusement bien dans mon corps.

 

 

Soudain un mouvement dans les ombres du pin attire mon attention…

 

Soudain un mouvement dans les ombres du pin attire mon attention. Je crois d’abord que c’est l’ombre d’un écureuil qui bondit avant de s’arrêter, mais ensuite l’ombre prend une apparence humaine troublante. Je regarde vers le haut, quel est l’être qui produit cette ombre ?

 

« - Zut alors, tu as vu ? Il y a une petite elfe dans l’arbre, elle nous observe !

- Je crois qu’on devra s’y habituer. Désormais on les voit, et j’ai l’impression qu’elles pénètrent dans le jardin par l’arbre aux offrandes. Elles sont de moins en moins farouches…

- De là à en voir une en plein jour ! »

 

 

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« C’est pourtant lui que la petite elfe observe… » L'elfe Morgane, dessin © Eric Itschert

 

 

Iacchos ne semble pas étonné et n’ouvre même pas les yeux. C’est pourtant lui que la petite elfe observe, comme moi elle semble fascinée par sa beauté. Iacchos est-il vraiment conscient de l’effet qu’il fait sur son entourage ? Il ne réalise pas le nombre de gens qui recherchent sa compagnie ; il trouve cette immense sympathie qu’il attire sur lui comme un dû naturel. Quand il entre quelque-part, tout le monde se retourne. Il est solaire.

 

« - Iacchos, il y a une chose que je trouve bizarre. Ta dette envers Rabbi Isaac m’a choquée. Pourtant je lui fais pleinement confiance, parce que j’ai entièrement confiance dans l’amour entre nous. Il t’a demandé d’offrir ton amitié à Noam, mais une chose pareille ne peut pas faire l’objet d’une tractation. C’est comme l’amour véritable, c’est inconditionnel, gratuit. Rabbi Isaac le sait, alors pourquoi cette demande incongrue ? Il doit avoir une raison pour te demander une telle chose. J’aimerais découvrir quelle est cette raison.

- Eric, rassure-toi, j’ai pensé à tout cela avant de dire oui. Il voulait éprouver mon désir de libérer le daïmôn-page, ma tendresse pour cet être. Par la même occasion il voulait me révéler à moi-même l’attirance et l’amitié que j’ai pour son fils, le désir que j’ai de le protéger. Ce désir est tout neuf, jusqu’ici c’est moi qui ai joué l’enfant gâté ! C’est un marché de dupes, et c’est Rabbi Isaac qui s’est volontairement laissé berner.

- Soit, mais comment tirer les choses au clair ? Noam pourrait lui aussi être choqué, non ? Il est amoureux de toi, c’est tout nouveau pour lui. Il ne faudrait pas le décevoir…

- C’est pour cette raison que j’ai achevé de rendre ma promesse caduque.

- Rendre ta promesse caduque ?

- Rabbi Isaac nous aide à libérer le daïmôn-page, et puis moi je dois offrir mon amitié à son fils. Il lit dans mon âme comme dans un livre ouvert. Il sait qu’il me demande une chose qui est déjà acquise par son fils. Pour être certain qu’il n’y ait aucune ambiguïté, j’ai offert mon amitié à Noam avant que Rabbi Isaac ne nous aide. »

 

 

Ces deux-là m’étonneront toujours !

 

Je souris. Ces deux-là m’étonneront toujours !

 

« - Et pourtant Rabbi Isaac parle d’un prix à payer ?

- Ce qui est inconscient en nous il le mène à la lumière. A moi de lui demander ce qu’il veut en échange de la promesse que je n’ai pu honorer… Quant à l’amitié, elle a toujours un prix, mais c’est un prix d’un autre ordre. On est en pleine métaphore…

- Te faire admirer et choyer comme petit faune naissant ici, donner à manger à ton faune adoptif, t’occuper de Noam, c’est un programme bien chargé ! »

 

Une ombre de tristesse se glisse sur le visage de Iacchos, elle passe comme celle de ce nuage dans le ciel d’un bleu profond.

 

« - Oh, du temps, cela se prend ! Mon père veut petit à petit me couper les vivres, je lui ai enfin annoncé que j’ai mon doctorat alors que je l’avais déjà obtenu l’été passé. En même temps il est prêt à financer mes projets. J’ai vécu une belle année sabbatique, mais peut-être est-il temps de grandir un peu plus maintenant… Mon projet de fouilles archéologiques en Egypte tombe à l’eau en raison de la conjoncture. Heureusement d’autres perspectives s’ouvrent à moi. Cet hiver je partirai deux semaines dans les Andes au Pérou pour étudier des momies incas. Ces momies sont fascinantes, elles ne procèdent pas d’un embaumement comme les momies égyptiennes. Elles sont desséchées au vent sec des montagnes, elles sont bien mieux conservées. L’année prochaine je retournerai deux semaines à Rome puis en Inde pour quatre semaines, j’y perfectionnerai ma danse dans un ashram dédié à Shiva. Enfin j’ai réussi à faire financer l’écriture de mon premier livre, et je l’écrirai ici à Bruxelles. Cela tu le sais déjà.

- Oui mais ton groupe de danse à Lyon ?

- C’était de toute façon un groupe d’étudiants. Mon année sabbatique, c’était aussi pour rester avec les derniers du groupe. Il a été dissous cet été. On a muré l’entrée du vieux temple dans la grotte sous la colline de Fourvière pour que personne n’y pénètre lors de notre absence, on n’y donnera plus de représentations secrètes pour le moment. La plupart d’entre nous va entrer dans le monde du travail, seul un petit noyau continue à refuser le système et va essayer l’autarcie dans les contreforts des Pyrénées. Ils se produiront en été à Carcassonne. Leur autarcie repose sur l’argent de l’un d’eux et sur des loyers perçus à Lyon : je crois qu’elle est un peu bancale au départ. »

 

Ensuite Iacchos sourit à nouveau, le nuage est passé :

 

« - Lyon c’est fini, je n’ai plus aucune raison d’y retourner. Je me suis rendu compte au cours de mes allers-retours que je ne peux plus me passer de toi, mes parents résident ici, et maintenant il y a Noam… Votre amour m’a permis de trouver le courage de choisir, de quitter le soleil et un fleuve majestueux pour la pluie et un ruisseau enterré. Bien étrange que cette petite ville de Bruxelles… Coelho écrit que quand on change d’horizon on change de destin. Mais je crois que c’est mon destin même qui m’a fait changer d’horizon. Toi et moi on s’est rencontrés pour la première fois au pied du Mont Ventoux. Tu venais de Bruxelles, et moi de Paris. J’étais désarçonné, j’allais étudier à Lyon et m’y retrouverais seul. J’allais abandonner tous mes amis de Paris et puis toi que je venais de rencontrer. Puis j’ai réalisé que mes parents déménageant à Bruxelles pour le travail de mon père, j’allais t’y retrouver les Weekends !

- Oui, et je me souviens du Weekend où tu t’es disputé avec ton père et où trempé tu es venu sonner à ma porte un soir de pluie. Ton seul bagage était ton inénarrable sac à dos. Coup de téléphone à tes parents pour les rassurer, discussion avec Rosanna pour t’adopter et te loger dans l’ancien dortoir de mes élèves, puis à nouveau entretien avec tes parents venus voir ton nouveau toit. Ils étaient heureux que tu aies choisi un point de chute pas loin d’eux, tu as pu construire ton nid ici… Cela a été possible grâce à l’amour de tous, et même si ton père n’a pas beaucoup de temps pour toi il t’aime aussi !

- Le temps, la disponibilité, ta personnalité, tes connaissances, ta tendresse… C’est pour tout cela également que je t’ai pris pour modèle et que je t’adore. Maintenant je voudrais servir à mon tour de modèle pour Noam.

- Avec tes voyages, il souffrira parfois…

- Nous marchons d’endroit en endroit, mais il n’y a aucun lieu où arriver. Ce qui compte c’est le secret enraciné en nous, ce qui compte c’est l’amour, quel que soit la forme qu’il peut prendre. Noam souffrira, mais c’est le prix à payer quand on est amoureux et puis il me retrouvera avec autant plus de plaisir qu’il aura été frustré par mon absence…

- Iacchos, il y a une autre chose qui me pose question. Jusqu’ici tu ne m’as jamais vraiment répondu… »

 

 

A suivre…

 

 

 

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