07/03/2017

338) Le nom complet ne doit jamais être révélé à un inconnu.

Récit fragmentaire du retour du daïmôn à la Lumière

 

Début de l'histoire...

 

 

Mon nom, qu’il me soit rendu.

Dans la demeure spacieuse, que je m’en souvienne,

dans la nuit où l’on compte les années...

 

Réveille-toi, tu ne périras point.

Tu as été appelé par ton nom.

Tu es ressuscité...

 

 

A ce stade de l’histoire, moi, le conteur, je me trouve dans de solides difficultés. Il y a deux choses que je ne puis révéler : le nom complet des protagonistes de cette soirée, et l’apport détaillé de Rabbi Isaac. Il en résulte que cette partie du récit sera fragmentaire. Et je dois m’en expliquer.

 

 

L’importance du nom

 

 

Le nom révèle le caractère de son porteur, il révèle sa personnalité. Connaître le nom entier d’une personne donne du pouvoir sur elle. C’est pour cette raison que nous ne pouvons nommer Hachem. Même si la plupart l’ignorent, chacun de nous a un nom composé de plusieurs éléments auxquels vont encore s’ajouter d’autres qualifications au cours de ses vies multiples. Ce nom garde un noyau identique vie après vie, il fait partie du corps causal et du corps astral. Il est notre essence même, inséparable de notre être. Connaître le nom complet de son ennemi, c’est le posséder. D’autres parties du nom changent, elles ne dépendent que d’une seule existence terrestre, ainsi en est-il du nom de famille (1).

 

 

Le prénom et les noms qualifiants supplémentaires.

 

 

Le prénom est comme le "préambule" d’une vie, à la suite duquel nous devrons écrire notre histoire personnelle et construire notre identité. Car le prénom contient ces autres en nous, ceux qui nous précèdent et nous constituent. « Dis-moi ton prénom, je te dirai qui tu es » est une phrase qu’on entend parfois et c’est clair que notre prénom joue un rôle clé dans notre vie. Le prénom est choisi pour une personne précise, afin de la distinguer des autres membres de sa famille. Au cours de nos vies successives, nous recevons plusieurs initiations qui nous aident à nous métamorphoser. Ces marques propres font notre spécificité, elles sont indiquées par nos noms qualifiants supplémentaires.

 

 

L’apport de Rabbi Isaac.

 

 

L’apport de Rabbi Isaac lui appartient, lui seul et le daïmôn-page par la même occasion connaissent (co-naître) l’enjeu réel de ce qu’il s’est passé. Rabbi Isaac a choisi une voie, celle de l’Arbre séphirotique, et je ne connais point cette voie. Elle est secrète, il ne faut pas la mettre dans n’importe quelles mains.

 

 

Et maintenant, je peux reprendre mon histoire.

 

 

Iacchos pense soudain à Noam, et se dit que le faune risquerait de le troubler inutilement. Il entend aussitôt un rire joyeux et se tourne vers le faune : ce dernier s’est revêtu de lierre et de soie étrangement tissée. 

 

« - Puisqu'il n'est pas habitué, le premier garçon que Noam doit découvrir entièrement nu, c’est toi ! »

Iacchos sursaute, même cela le faune le sait : l’amour dévorant que Noam a pour lui… Il tente de changer la conversation.

 

« - Je t’ai toujours donné le nom de « Faune bien entouré », mais tu dois avoir un autre nom ?

- Tu peux m’appeler par mon nom court, cela sera plus facile : Sylvain ou Sylvain Karadec pour me distinguer des autres Sylvains, je suis fils de Dionysos comme toi. En fait mon nom complet est Sylvanus Faunus Caradawg *** *** *** *** ; Caradoc ou Caradawg signifie « aimable » en gallois. Et toi ?

- Appelle-moi Iacchos fils de la louve, et mon père est Dionysos. Mon nom complet est plus compliqué : Iacchos Andrea *** Lupellus Falco peregrinus *** *** ***. Iacchos tu connais, et Andrea vient du grec « andros » qui signifie "homme".

- Ah oui, je t’ai vu sous ta forme de faucon, c’était très impressionnant pour une âme réincarnée dans un homme ! »

 

Iacchos se retourne vers le daïmôn-page, qui pour l'occasion a repris ses cornes :

« - Et toi, quel est ton nom ?

- Appelle-moi Sauvain ou Sauvain Fauënnec pour me distinguer des autres Sauvains. Mon nom complet est Silvanus (avec un « i ») Fauënnec Zerda *** *** *** ***. Ma lointaine origine est le désert africain. »

 

 

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"Iacchos se sent délicieusement bien avec les entités..."

Illustration © Eric Itschert.

 

 

La promenade est agréable sous ce soleil chaud de midi. Iacchos se sent délicieusement bien avec les entités, il a l'impression étrange qu'ils se connaissent depuis toujours. Ils ont cette complicité et cette tendresse propre aux plus merveilleux amis. Vient-elle de l'échange magique de leurs noms complets? En y pensant bien,  en lui livrant leur nom ils lui ont fait preuve d'une confiance inconditionnelle. Iacchos savoure ce moment. Des odeurs délicieuses se font sentir, les pins en particulier embaument l'air. Quand Iacchos et les deux entités sortent de la forêt enchantée, tout reprend pour eux des dimensions normales. C'est le soir, mais le soleil n’a pas encore disparu; c’est comme si le temps dans cet univers-ci s’était arrêté. A la demande de Rabbi Isaac, qui dirige dorénavant les opérations, chacun se présente en donnant son nom.

 

[…]

 

Une belle et chaude nuit étoilée commence. Les grillons s’en donnent à cœur joie, j’ai l’impression que jamais l’été n’a été aussi beau ! Les plantes du jardin libèrent pleinement leurs arômes. L’Etoile du Berger brille d’un éclat particulièrement fort.

 

Rabbi Isaac demande une dernière fois à Sauvain :

« - Ton cœur et ton âme sont-ils prêts ? »

 

Sauvain fait oui de la tête. Il rayonne de bonheur. On forme une chaîne autour de lui. On lui envoie tout l’amour et la tendresse que l’on peut. Pour consoler Sylvain de son départ, Sauvain lui a dit qu’il continuerait à le protéger, pour sûr d’une autre manière. Sylvain n’aurait qu’à regarder l’étoile la plus brillante du moment, elle serait signe de la présence de Sauvain. Toute tristesse doit être bannie de ce moment. Sylvain est le maillon faible de la chaîne, en raison de son attachement pour Sauvain. Mais il parvient à se concentrer sur le bonheur exclusif de son page. Il parvient à faire totalement abstraction de ses propres désirs. C’est un faune très évolué.

 

[…]

 

La lumière de l’étoile a envahi tout le jardin. Soudain elle disparaît et avec elle Sauvain.

 

« - Nous avons réussi ! » jubile Rabbi Isaac.

 

On est totalement épuisés. Après les avoir chaleureusement remerciés, nos invités prennent congé et retournent à pied par les ruelles étroites de la vieille ville. La maison de Rabbi Isaac n’est pas loin. Iacchos, toujours sensible à la tristesse des autres, demande gentiment à Sylvain, resté avec nous :

 

« - Veux-tu rester ici pour la nuit ? Tu veux manger un repas avec nous ? Désormais c’est moi qui te nourrirai, et je ne laisserai plus passer un seul jour sans te donner des offrandes !

Sylvain sourit faiblement :

« - Pourquoi vivre est si compliqué ? Je perds mon page adoré mais en même temps je trouve un petit frère ! Tu sais, pour me nourrir, pas besoin d’un repas, il suffit de quelques gouttes de vin, d’un peu d’encens ou d’un seul pétale de fleur. C’est tes pensées pour moi qui me nourriront. »

Sylvain fond en pleurs :

« - Oh je te le rendrai, petit frère, je te le rendrai d’une manière que tu ne peux même pas imaginer ! Moi aussi je te protégerai, et ceux que tu aimes avec toi ! »

 

Iacchos le prend dans ses bras, tant pis si le Faune a repris son apparence normale aussitôt Noam parti, tant pis s’il sent si fort.

 

« -Tu ne dois rien me rendre, tu n’as aucune dette envers moi. Je fais tout cela pour toi gratos, pour le plaisir, pour toi, juste pour toi ! Viens… »

 

Le faune se laisse faire, il vient s’asseoir à table avec nous, finalement Rosanna ose se montrer persuadée par Iacchos des intentions pacifiques de l’entité. Des chandeliers illuminent la table splendidement dressée. C’est une table de fête. Rosanna dit en riant :

« - Icare (2), et puis Sylvain maintenant, on en aura eu des invités originaux ! »

 

 

Un incident où on frôle la catastrophe.

 

 

Après avoir mangé Sylvain déclare qu’il ira dormir dans le jardin, il n’est pas habitué aux maisons. Pourtant Iacchos rit de sa curiosité : on ne sait pas pourquoi, mais Sylvain s’est pris de passion pour le frigo. Il va l’admirer, il en ouvre et ferme religieusement la porte, il s’exclame devant la laque blanche le recouvrant, la nourriture et la lumière qui s’allume à l’intérieur du meuble dès qu’il en ouvre la porte.

 

« - Vous aussi vous savez faire de la magie ?

- Oh, ce n’est qu’un résultat de la technologie. Mais tu as raison, c’est assez magique quand on y pense. Dans ces deux bouteilles de verre il y a du lait de brebis, tu peux te servir si tu veux. Je les ai achetées spécialement pour toi, cela te rappellera le temps ancien. »

 

Chacun vaque à ses occupations, on laisse faire Sylvain. Cela fait quand-même très bizarre d’avoir un faune dans sa maison. Iacchos, après lui avoir demandé s’il ne désirait rien, est parti lire dans l’atelier, son lieu favori. Soudain, on entend frapper à la porte. Rosanna prend un air effaré :

 

« - Mon Dieu, j’ai complètement oublié Zoé ! C’est le jour où elle et son fils nous apportent des légumes de la ferme ! Heureusement que vous avez fini ! Cela m’a vraiment échappé ! Je vais ouvrir, ils vont déposer les caisses dans la cuisine.

- Sylvain, où est Sylvain ? Et Iacchos qui est parti lire dans l’atelier ! »

 

Je cours vers la cuisine. Le faune y est en train de boire à la bouteille, tout nu et la porte du frigo grande ouverte. Le lait dégouline sur son visage. Il y a une flaque de lait à terre. Il ne sait pas aussi bien lire dans mes pensées, car je suis moins pur que Iacchos. 

 

 

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"Le faune y est en train de boire à la bouteille, tout nu et la porte du frigo grande ouverte." Illustration © Eric Itschert.

 

 

« - Sylvain, cache-toi, vite ! Si Zoé te voit ainsi, cela sera terrible ! C’est une bigote qui va tous les jours à la messe, elle risque une crise cardiaque en te voyant. Elle va te prendre pour le diable ! Déjà j’ai difficile à gérer Iacchos qui se trimballe complètement nu la moitié du temps, alors toi en plus avec ta peau sombre, tes cornes et tes oreilles pointues !

- Si ce n’est que les cornes, je peux les cacher. Regarde mes belles oreilles devenues bien rondes. La couleur de ma peau ? Mais celle de Iacchos est presque aussi sombre que la mienne ? C’est une raciste Zoé ? Bon hop je copie la couleur de peau de Iacchos. »

J’entends un bruit de pas, ils arrivent, je panique :

« - Non, ce n’est pas seulement cela, tu es tout nu, couvre-toi ! S’il te plaît ! Je vais avoir le Grand Inquisiteur de la ville sur mon dos ! »

Je crie pour arrêter les visiteurs :

« - Attendez, attendez, n’entrez pas ! Je suis en petite tenue !

- Ne vous en faites pas, Monsieur Eric, cela ne me dérange pas que vous soyez en pyjama. Et Alexandre cela ne le dérange pas non plus, hein Xan ? »

 

Ils entrent et je me couvre les yeux. Il y a un grand silence, j’attends des cris mais rien ne se passe. Puis j’entends la voix suave de Rosanna :

 

« - Mon pauvre, tu as encore les yeux fatigués ? Tantôt on mettra des gouttes. »

 

Je rouvre les yeux : la tâche à terre a disparue, Sylvain est vêtu d’une paire de jeans Hugo Boss et d’un t-shirt magnifique tout blanc qui lui va à ravir et met bien en valeur la belle couleur de sa peau. Plus de traces de cornes, de jolies petites oreilles bien comme il faut. Une odeur de parfum pour hommes enivrant. Quelques piercings aux oreilles sont moins utiles, mais le camouflage est parfait. Même son visage a changé. Moi par contre je suis vêtu d’un pyjama bleu certes très seyant, mais cela n’était pas prévu ! Zoé s’extasie de suite :

 

« - Oh le superbe garçon ! Il est de votre famille ?

- Maman ! » Gronde Alexandre.

On fait les présentations :

« - Sylvain Karadec.

- Ah c’est breton, ça, Karadec ! Figurez-vous que j’ai de la famille en Bretagne du côté de ma mère… »

 

Il nous faut une heure pour nous débarrasser de la dame et de son fils, on s’empresse de rajouter pour lui enlever tout espoir que ce charmant jeune homme retournera demain en Bretagne. Aussitôt partie Iacchos se pointe et constate :

 

« - Tiens, Eric, je n’ai jamais remarqué ce magnifique pyjama que tu portes ? »

Sylvain a un fou-rire et s’adresse à moi :

« - Cadeau ! Tes autres vêtements sont lavés, repassés et pliés sur ton lit. Je ne sais pas où tu les ranges. Vous les humains vous avez d’étranges habitudes. On est mieux tout nu non ? Je peux me remettre à l’aise ?

- Oui, bien sûr, merci ! Vraiment toutes mes excuses, j’ai paniqué !

- Ne sois pas aussi angoissé, au pire je leur aurais lancé un sort d’oubli. »

 

Sylvain reprend sa dégustation de lait de brebis, dans son extase il en met partout mais je ne fais plus attention. Il ne doit plus y avoir beaucoup de brebis dans la Forêt de Soignes, à part celles du Rouge-Cloître. J’embrasse tout le monde, leur glisse un petit mot gentil à chacun et monte me coucher l’esprit en paix ; désormais les choses suivront leur cours. J’ai félicité Sylvain : sans sa force de caractère et son abnégation les choses n’auraient pas pu bien tourner.

 

« - Tu lui a prouvé ton véritable amour, je t’admire profondément ! »

Je dois m’habituer à ce regard profond et scrutateur, à ces paupières qui ne cillent jamais.

« - Malgré mes apparences ? »

Ému je le serre très fort dans mes bras et je l’embrasse chaleureusement.

« - Idiot, tu es splendide ! »

 

 

En bas j’entends encore les fous-rires de Sylvain et d’Iacchos, Sylvain doit être en train de raconter mes angoisses. Je ne m’en sens pas vexé, je sais qu’ils m’aiment, qu’ils sont heureux et cela me suffit…

 

 

 

(1) Pourtant, même dans une seule vie terrestre le nom de famille n’est pas à négliger. C’est notre lignée, et je ne suis pas certain que l’adage « on ne choisit pas sa famille » soit très exact. Dans la campagne où j’ai vécu mon enfance, on disait d’abord son nom de famille, puis seulement son prénom. Pour moi cela donnait « Itschert Eric ». C’est ainsi qu’on se présentait. La famille était une chose très importante, elle était notre premier lien et souvent aussi lien avec la terre cultivée. A Bruxelles les snobs se moquaient de nos habitudes, aujourd’hui ils diraient de façon méprisante : « cela fait bourrin ». Ils ont oublié que tout est relié, ils se sont enfermés dans leur individualisme mortifère forcené. Dans le milieu de l’art la crétinerie est incommensurable et par provocation j’ai choisi comme adresse de blog « itschert-eric-expose.skynetblogs.be » ce qui est parfaitement incongru. Mais c’est un excellent filtre à cons qui passent leur chemin après une condamnation lapidaire. Les perles ne sont pas faites pour les pourceaux.

 

(2) Voir ‘Histoire d’art et de pavés’, en bas de la note.

 

 

Suite de l'histoire...

 

 

 

 

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13) Triptyque, le pêcheur (panneau de droite)

 

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15) Triptyque, Ariane et Dionysos (panneau de gauche)

 

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17) Le masque

 

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