23/06/2014

270) « Elfes et Fées de la Meuse »

Un peu plus sur l’exposition d’illustrations en 1987 

 

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Aquarelle, sans titre, © Éric Itschert / Sabam

 

 

1) Une période un peu compliquée

 

Dans la note précédente je parle de cette exposition d’illustrations que je réalise en 1987. A l’époque je vis une période un peu compliquée. J’ai très difficile à trouver mes marques : je m’investis autant en tant qu’architecte, peintre, iconographe ou illustrateur. L’église latine du Monastère de Chevetogne est en pleine construction. J’en suis l’architecte avec mon confrère Roland Van Eyck. Dans le milieu chrétien orthodoxe je suis connu comme iconographe sous mon troisième prénom de Pierre. J’ai peur de froisser certains fidèles qui sont très pudibonds. Bien qu’étant au XXème siècle, on est loin de Rome et de la Renaissance italienne ! Or mes illustrations sont nettement « païennes ». Je profite de l’ambiguïté du monogramme « E.I. » pour inventer le pseudonyme de Eric Jorgensen. Ma manière de former le i majuscule peut très bien le faire prendre pour un J.

 

2) Rencontre avec Stéphane Rey

 

C’est ma première exposition en dehors de celles d’icônes, et j’ai la formidable chance d’avoir d’emblée la visite du critique d’art Stéphane Rey au vernissage. Stéphane Rey est plus connu sous son nom d’écrivain Thomas Owen. On sympathise de suite, et il me confie qu’il a lui aussi parfois difficile avec ses trois noms : Gérald Bertot, Stéphane Rey et Thomas Owen.  Il me donne un conseil très précieux : j’ai tout intérêt à exposer sous mon vrai nom. Je lui en serai reconnaissant tout le reste de ma vie. Cela restera donc ma seule exposition réalisée sous un pseudonyme. Concernant les icônes elles ne sont de toute manière pas signées, et le retable de l’église Saint-Marc qui m’est commandé la même année sera signé de mon vrai nom (photos du retable ici, ici et ici). Le paradoxe est amusant et balaye mes dernières craintes : lors de la commande de ce retable on me demande expressément de ne pas utiliser le style des icônes, mais de faire une œuvre avec la Renaissance italienne comme référencement. Stéphane Rey – Thomas Owen – aime beaucoup la veine fantastique, et c’est aussi pour cette raison qu’il est attiré par mon exposition. Nos conversations à ce sujet sont aussi enrichissantes que celles que j’aurai plus tard avec l’écrivain flamand Hubert Lampo, attaché au réalisme magique. Dès cette première exposition j’aurai droit à un article dans « l’Echo de la Bourse ». Stéphane Rey me soutiendra fidèlement jusqu’à sa mort en 2002.

 

3) Extraits du catalogue :

 

« Eric Jorgensen a passé les plus belles heures de son enfance dans la vallée de la Meuse, il y a connu ses plus belles découvertes d’adolescent. »

« Si tu te promènes au bord de l’eau par une nuit de lune claire, et que les douze coups de minuit s’égrènent au clocher de la proche église, et que tu découvres d’étranges êtres dansant et festoyant jusqu’à l’aube avancée, alors tu sauras que tu as elfe ou fée parmi tes ancêtres.

Si tu as les yeux plus sensibles encore, et que pendant une poussière de seconde tu en vois s’ébattre dans la chaleur du soleil à midi pile, alors tu te rendras compte que le temps est relatif et qu’une poussière de seconde peut devenir très longue, car le soleil de midi favorise les jeux.

Une fois tes yeux ouverts, que d’heures de chasse tu passeras avant de pouvoir retrouver ces charmants compagnons ! Tu te rendras compte de leur caractère mouvant, tantôt merveilleux et tantôt dangereux. Mais n’essaye jamais de les photographier : le film ne montrera rien. Dessine, peins.

Dans tous les cas, cette histoire prouve une fois de plus la supériorité de la peinture sur la photographie... »

 

4) Extrait de l’article de Stéphane Rey

 

« Éric au pays des merveilles », tel pourrait être le titre de l’exposition d’aquarelles d’ERIC JORGENSEN qui a choisi en toute candeur « elfes et fées de la Meuse ». [...]

Ce qu’il montre aujourd’hui est de la bonne illustration, avec un penchant pour un gentil paganisme et la fréquentation des petits faunes (et, il faut le dire aussi, faunesses). Car on aurait à première vue l’impression d’un art un peu efféminé, glissant sous la vitre ici une plume, là une fleur séchée... Si l’on rencontre de jolies petites mignonnes aux ailes translucides de libellules, les jolis gamins ne manquent pas, l’œil en amande et les oreilles pointues. Ils sont habillés en pages gracieux, plumet au bonnet et col dégagé.

Mais ils sont souvent tout nus et attendrissants comme des bouquetins. Toutes ces aquarelles sont de très petit format et portent des noms charmants : « Cache-cache », « Attends-moi », « L’initiateur », « Le bain », le « Prince des elfes »... (Médiathèque. 93, avenue Ch. Thielemans. Woluwe-Saint-Pierre [...]

 

 

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« L’initiateur», aquarelle, © Éric Itschert / Sabam. Ici en regardant le titre en bas de l'aquarelle on peut voir comment j’écris mes i majuscules...