09/11/2015

294) Jeune homme nageant vers les profondeurs

Vers une perception plus affinée de la réalité transitoire

 

Complété le 10/11/2015

 

sous l eau,nageur,jeune homme,nu,profondeur,piscine,aquarelle,hyperréalisme,garçon,temporalité

Jeune homme nageant vers les profondeurs, aquarelle 41 cm X 31 cm sur papier ‘Arches’, © Eric Itschert

 

Ce qui me frappe souvent en partant à la découverte d’autres artistes sur internet, c’est la platitude de la plupart des peintures hyperréalistes. Cela est particulièrement vrai pour les peintures de piscines et on atteint le pire quand ces peintures sont réalisées à l’acrylique. On a des milliers de peintres qui essayent le genre, et chaque fois ils se plantent.

 

L’échec de l’hyperréalisme.

Dans des notes précédentes j’ai démontré la difficulté d’aborder notre réalité en constant mouvement. Notre époque permet de résoudre ce problème grâce à la photo numérique (1). On peut arriver à quelque chose de très particulier, en allant au-delà de la réalité première. Et une photo de nageur sous l’eau prend toute sa dimension en grand format, fixée sur plexiglass. Toutes ces techniques extraordinaires n’existaient pas dans un passé récent.

Paradoxalement, la peinture hyperréaliste (2) pousse le peintre dans une impasse : au lieu de transcender la réalité, elle essaye désespérément de la figer tout en ne se posant pas la question de la temporalité. C’est aussi pathétique que les requins dans le formol de Damien Hirst, ou que toute cette ménagerie empaillée des non-artistes contemporains mondains. Si on se met dans la tête de juste copier une photo, on sera toujours en deçà de la photo. Si on se contente de fixer une réalité, on restera dans de l’artisanat (3) et non dans le Grand Art. Hirst, Koons et d’autres sont dans l’artisanat, d’ailleurs ils mettent rarement ou jamais la main à la pâte et font travailler des petits esclaves pour eux dans la logique du néo-libéralisme. Le non-art contemporain mondain est dans la tentative désespérée de figer un système, tout en sentant bien que la vie lui échappe, d’où toutes ses références obsessionnelles à la mort. Les peintres David Hockney et Leonardo Cremonini ont échappé au piège de l’hyperréalisme et nous ont ainsi permis d’admirer des œuvres superbes.

 

Échapper à la peinture acrylique.

Peindre à l’acrylique c’est très facile et à la portée de n’importe qui. Mais faire des choses intéressantes avec ce médium demande des mises en œuvre particulières que très peu de peintres connaissent. Le mieux est de travailler avec des glacis (4). Un autre moyen de s’en sortir à l’acrylique est de travailler par fines hachures comme pour la fresque romaine… J’aime beaucoup l’acrylique mais dans le cas des études de nageurs cela me semble un moyen inapproprié en ce qui me concerne.

 

Rendre la transparence de l’eau par l’aquarelle.

Lorsque je prépare une peinture à l’huile d’un nageur, rien n’est plus logique que de faire les études préliminaires à l’aquarelle.  Comment le mieux rendre la transparence de l’eau sinon par l’aquarelle ? A partir de ce moment le médium utilisé ne travaille plus contre l’œuvre mais avec elle. Le geste est libéré, les choses se mettent tout naturellement en place et la réalité s’en trouve transfigurée…

Ci-haut je vous montre encore une de ces études d’un jeune homme nu nageant vers les profondeurs. La position de ce nageur correspond à une technique particulière en brasse coulée: quand le nageur décide de basculer d'une position horizontale vers le bas, il va utiliser ses jambes comme balancier pour entrer harmonieusement dans l'eau. Cela permet d'utiliser moins d'énergie pour changer de direction. L'instant où les jambes filent vers l'arrière du corps correspond à un moment très précis. C'est l'instant exact où les jambes rentrent à leur tour dans l'eau, d'où en général une myriade de bulles et un changement de couleur du reflet juste au-dessus du nageur... 

Non seulement j'ai pu étudier ces mouvements par l'observation des autres, mais aussi en les pratiquant tout naturellement moi-même dans des piscines. On est à l'opposé du conceptualisme pratiqué en robe de chambre entre deux parties d'échecs :D :D :D

 

 

(1)    C’est grâce à la photo qu’au 19ème siècle Eadweard Muybridge a pu analyser correctement le mouvement des hommes et comment galopaient les chevaux.

(2)    Certains critiques d’art peu subtils ont voulu classer ma peinture comme hyperréaliste, ce qu’elle n’est en aucun cas. Ce n’est pas pour rien que j’ai préféré créer le « symbolisme bleu constructif » pour échapper à toutes ces étiquettes inappropriées. Il y a un monde de différence entre mon travail et l’hyperréalisme. Ce sont ces mêmes critiques d’art, lapins crétins acculturés, qui vous tartinent des livres entiers sur le clair-obscur et sur Le Caravage, sans jamais faire mention de la camera obscura…

(3)    C’est l’occasion de préciser que je n’ai rien contre les artisans : j’ai un grand respect pour eux et je les côtoie souvent. Ils ont beaucoup de choses à nous apprendre. Dans ma dernière exposition de groupe il y avait deux artisans de qualité.

(4)    Le peintre Michel Buylen est un des rarissimes peintres qui parvient à rendre la transparence de l’eau avec ce type de peinture. Il utilise un nombre impressionnant de fins glacis, et souvent il y ajoute une technique pointilliste. Il protège ses peintures des rayons ultraviolets par des vitres.

 

 

Si vous avez aimé cette aquarelle vous aimerez aussi peut-être :

 

Cliquer sur les images pour voir les notes :

 

sous l eau,nageur,jeune homme,nu,profondeur,piscine,aquarelle,hyperréalisme,garçon,temporalité259) Garçon nageant sous l’eau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sous l eau,nageur,jeune homme,nu,profondeur,piscine,aquarelle,hyperréalisme,garçon,temporalité260) Jeune homme dans un fauteuil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sous l eau,nageur,jeune homme,nu,profondeur,piscine,aquarelle,hyperréalisme,garçon,temporalité261) Les heures chaudes de midi