17/10/2014

276) Redécouverte d’un ancien carnet d’esquisses

… et inauguration d’une nouvelle catégorie

 

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« Livre, fleurs mal encadrées et chat allongé à la sauce égyptienne pimenté de fusain », dessin aquarellé sur papier Canson C à grain, © Eric Itschert

 

1) Un carnet d’esquisses

 

Récemment je pars à la recherche de dessins inédits pour étoffer ma prochaine exposition à la Galerie Framing. Et je tombe sur un ancien carnet d’esquisses. Ces esquisses sont amusantes, je vais en publier quelques-unes au cours des semaines qui viennent. A cette occasion j’inaugure une nouvelle catégorie de dessins que j’ai intitulée : « Dessins bizarres ou mal foutus ». J’ai une autre définition pour « mal foutus » : c’est « mal fichus ». Mais bon, j’ai opté pour l’expression rigolote de « mal foutus ».

En effet beaucoup d’esquisses et de dessins de ce carnet sont soit bizarres soit déformés. Aujourd’hui je commence par montrer un dessin bizarre, avec un titre particulièrement long. Je crois que c’est le plus long titre que j’aie jamais créé ! Je me souviens qu’à l’époque du carnet j’avais surtout envie de laisser libre cours à mon imagination. C’était une époque de commandes sérieuses et élaborées, où je ne choisissais pas le sujet de mon travail. Il fallait bien vivre…

Je pourrais aussi nommer ce dessin : « dessin au titre emphatique ». Mais alors on n’aurait pas le titre original et on se demanderait en quoi il est emphatique, virgule, le titre.

 

2) Influences

 

Je ne nie pas avoir été influencé par les jeux qu’un de mes peintres contemporains préférés pratiquait : il s’agit de David Hockney. Certains de ses jeux sont proches de ceux du surréalisme belge, je pense en particulier à René Magritte.

Dans le tableau « Le Blanc seign », Magritte joue avec les règles de perspective pour créer une illusion d’optique. Il utilise ce qu’on appelle « la superposition inversée ». La superposition inversée dresse le recouvrement contre l'étagement. L'étagement des bases donne en effet un premier échelonnement, que le recouvrement des formes vient contredire. Cette utilisation du conflit entre étagement et recouvrement n'est pas nouvelle. J’en ai appris la logique durant mes cours de dessin et de perspective en architecture. Ici ce sont les verticales des arbres qui sont utilisées pour perturber insidieusement nos repères. Ce tableau paraît à premier abord très réel grâce à la texture des choses et à la perspective astucieuse des troncs d'arbres et des frondaisons. Le tout a un aspect rigoureux, hiératique, presque raide.

Nous retrouvons une technique assez similaire dans l’œuvre de Hockney intitulée « Kerby (After Hogarth) Useful Knowledge », peinte en 1975. Ce jeu permet entre autres à une vieille dame d’offrir le feu depuis sa fenêtre à l’avant-plan à un homme au loin sur une colline, et à un pêcheur à l’avant-plan de disputer la prise de poissons à un pêcheur à l’arrière-plan près d’un lac. Les titres que Hockney donnait aux œuvres de cette époque y rajoutaient au côté comique.

 

3) Le dessin

 

Ici il n’y a pas de superposition inversée (encore que cela dépend du point de vue), à part éventuellement un pétale de fleur couvrant la statue du chat. Mais il y a flottement des plans et des formes. Les fleurs se sont détachées du papier où elles étaient censées se trouver, le fait qu’elles n’aient pas de tige dément qu’il s’agisse d’un bouquet à l’avant-plan. Le chat est déformé et le fusain qui trace l’ombre des fleurs bouge tout seul comme un objet ensorcelé. Le papier derrière la statuette flotte, et le livre semble être posé sur le papier…