14/12/2017

406) A propos du renard...

…et de la couleur des yeux du magicien.

 

Début de l’histoire…

 

 

« Aimer est une aventure sans carte et sans compas où seule la prudence égare. » Romain Gary

 

« La route était sombre. Puis je t’ai rencontré. Tu es apparu au milieu de mon chemin, et on s’est donné la main. Grâce à toi, je suis  ressuscité !

Sur une plage de sable cachée, à midi nous avons eu soif, mais l’eau était saumâtre. Sur le sable doré, nous avons écrit chacun le nom de l’autre, mais une brise souffla gentiment, effaçant nos écritures…»    D’après Theodorakis.

 

 

 

Le triple don

 

 

« - Entre, Iacchos. Eric m’a vanté ton intelligence du cœur, mais en voyant le sac que tu m’apportes je crois qu’il est encore en deçà de la réalité. »

 

Iacchos rougit et remet son colis à Rabbi Isaac.

 

« - Puisque tu m’as fait un emballage japonais, je te propose que nous utilisions aussi leurs usages ?

- Oui Rabbi, vous avez deviné juste.

- Je ne l’ouvrirai donc pas devant toi et c’est bien ainsi. Cette page-là est tournée, ouvrons-en une nouvelle.

La graine de sénevé correspond à la plus petite des lettres hébraïques, Yod. Elle est le principe et le germe contenu en toutes choses. Ce principe est au centre de tout être et de toute relation entre eux. C’est un principe d’harmonie totale. Si tu plantes la graine, elle donne un très grand arbre malgré sa petitesse.

Ta présence  est une bénédiction pour ma maison et un bienfait pour Noam.

Je ne te demande pas de trahir ce que Noam te confiera. Essaye juste de lui faire raconter ce que mes élèves lui ont fait quand ils l’ont attaqué. Même à Azriel il y a des choses qu’il ne dévoile pas. Raconter libère des peurs. A toi de décider ensuite s’il doit voir un médecin, un thérapeute ou rien de cela.

- Rabbi, à propos de médecin, j’ai apporté un complexe de vitamines pour Noam. Elles ouvrent l’appétit.

- Merci Iacchos ! Avant il ne mangeait pas parce qu’il était déprimé, et maintenant je crains qu’amoureux il ne mange pas beaucoup plus! Je m’en fais tellement pour lui. Avec toi il est en de bonnes mains. Va maintenant, va, il t’attend avec impatience. »

 

Iacchos fait le « namasté » avant de monter l’escalier. Rabbi Isaac rit et rajoute :

 

« - Non seulement tu es un garçon prévenant, mais en plus tu es vraiment très poli. »

 

 

 

L’escalier est éclairé, le couloir à l’étage aussi. Il y a encore des papillons, Iacchos se demande d’où ils viennent. Il y a un nouveau mannequin contre le mur, c’est un samouraï avec bien entendu un visage ressemblant au sien, en plus hiératique. Iacchos se dit : Noam doit vraiment être très amoureux de moi. Une telle passion lui fait un peu peur. A eux de transformer cette passion en amour véritable. Cela sera bien plus périlleux que de tirer un faune et un daïmôn-page des griffes d’un démon glacial !

 

 

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« Il y a un nouveau mannequin contre le mur... » Photo © Eric Itschert.

 

 

Iacchos frappe à la porte, Noam lui ouvre avec un merveilleux sourire.

 

« - Tu m’as promis de me tirer les cartes ?

- Viens, je t’attendais. »

 

 

Oh, ces yeux verts… Une fois la porte fermée Noam se précipite dans les bras de Iacchos et se colle contre lui. Il sent bon le savon et la lavande. Mais Iacchos perçoit d’autres choses aussi. Le cœur de Noam bat à toute vitesse. Son lingam est tendu comme un arc. L’adolescent est très maigre, Iacchos sent ses côtes.

 

« - Il faudrait te remplumer un peu, tu me fais penser au faune Sylvain avant qu’on le nourrisse ! »

 

Il entend un rire joyeux, et reprend :

 

« - Je t’ai apporté des vitamines, je les ai données à ton père pour que tu n’oublies pas de les prendre.

- C’est gentil de penser à moi ! Restons encore un peu comme cela, je me sens trop bien dans tes bras… »

 

Iacchos caresse doucement le dos de l’adolescent en insistant à hauteur de ses reins. Cela favorise leur fonctionnement. Noam tremble comme une feuille. Depuis combien de temps il n’a plus été touché ? Iacchos le sent soudain si frêle et si fragile qu’il ajoute :

 

« - Désormais tu ne seras plus jamais seul. Tu seras comme un petit frère que je protègerai. »

 

Et sur sa lancée il lui donne trois bisous. Il n’avait pas prévu l’avalanche de bisous dans le cou en retour. Le garçon ne parvient plus à s’arrêter et petit à petit sa respiration s’accélère, bien trop au goût de Iacchos. Iacchos essaye de le raisonner d’une voix douce et tendre :

 

« - Noam, arrête !

Noam ! Je te le promets, le jour de ton anniversaire tu pourras rester dans mes bras aussi longtemps que tu voudras. Maintenant on devrait garder plus de distance. Il n’y a plus que quelques semaines à attendre ! Noam ? »

 

Noam relâche enfin son étreinte avec une lueur de regret dans les yeux.

 

« - Courage ! Tu verras, cela sera d’autant meilleur. Je sais que tu as soif de câlins, tu en auras plein ! Tu as dû être sevré un peu jeune, il me semble... Tiens, cadeau ! »

 

Noam prend le cadeau et plante ses magnifiques yeux dans ceux de Iacchos.

 

« - Merci, viens t’assoir sur le divan. Je te sers un jus de fruits maison ? Je l’ai préparé spécialement pour toi.

- Oui, je veux bien. Une telle proposition ne se refuse pas ! Et aussi un grand verre d’eau pour accompagner le jus. »

 

Iacchos déguste un délicieux jus de mangue fraîche avec un peu de menthe, de citron et de poivre. Noam déballe précautionneusement son cadeau, il rayonne en trouvant le tarot.

 

 

Les cartes ont juste la souplesse qu'il faut...

 

 

« - Oh ! Quelle gentille attention ! Il est splendide ! Comment te remercier ?

- Voir ta joie me suffit » rit Iacchos.

 

Mais il sent que Noam, aussi sensible que lui, peut d’un moment à l’autre basculer du rire aux larmes. Noam est si ému… Il a un côté très féminin. Jusqu’au timbre de sa voix est typique de l’adolescence. Il admire le tarot et bat les cartes de ses longs doigts si fins. Iacchos en profite pour observer son beau visage. Comme lui Noam a de longs cils. Noam reprend, tout joyeux :

 

 « - Les cartes ont juste la souplesse qu’il faut ! »

 

Il dépose le tarot sur un ancien scriban suédois. Et puis sans façons il vient sur les genoux de Iacchos, face à face. Leurs visages sont si proches maintenant. Il devient sérieux et regarde Iacchos droit dans les yeux. Mais pourquoi il me trouble autant, se dit Iacchos en admirant ces fascinants yeux verts. Ce sont des yeux de magicien, se dit-il. Ce vert est comme un lac profond avec des paillettes d’or, on a envie d’y plonger et de s’y perdre. Ces yeux appellent à la reddition sans conditions. Leurs jambes nues se touchent. Comme Noam est léger ! Cette fois c’est Iacchos qui n’a plus du tout envie de bouger. Une merveilleuse douceur le gagne, son lingam s’échappe pour se dresser tout droit au-delà de son nombril, heureusement qu’il y a encore le T-shirt pour cacher la chose; elle vibre de contentement. Heureusement Noam ne remarque rien. D’un air pensif ce dernier continue :

 

 

« - Je vois. Je comprends mieux maintenant. Tu es allé chez l’antiquaire Sirius ?

- Oui, comment l’as-tu deviné ?

- Tu étais en grand danger ! Promets-moi de ne plus y retourner ?

- Euh… Je l’avais déjà promis à Eric… Mais ce tarot était si beau !

- Moi aussi je te protégerai, bec et ongles ! Tu n’imagines pas tout ce que je suis prêt à faire pour toi ! Que personne ne s’avise de toucher à un seul de tes cheveux ! »

 

 

Soudain Iacchos devine un tout autre aspect de Noam, une force incroyable dissimulée sous sa fragilité. Et le temps d’un éclair il voit le renard crocs découverts barrant la sortie de son magasin à l’antiquaire. Un ombre obscurcit un instant la pièce, c’est la colère de Noam.

 

 

« - Alors le renard, c’était toi ? Ne devrais-tu pas remplacer bec et ongles par crocs et griffes ?

- Non, dans ce domaine-là je suis loin d’avoir tes capacités ! Ce n’était qu’une forme-pensée. Mais j’admets qu’elle était plutôt réussie. Elle avait même un certain degré d’autonomie : je savais qu’un danger te menaçait, mais sans parvenir à le cerner. Alors j’ai envoyé ce renard pour fureter, te retrouver et te protéger. La forme-pensée s’est mise à agir toute seule. Une âme errante m’a peut-être aidée, il y en a tellement ici…

- Des âmes errantes ?

- Tu n’as jamais remarqué tous les papillons qu’il y avait en cette demeure ?

- Azriel m’a raconté que dans une partie de jardin éloignée de ton potager tu cultivais des chenilles ?

- Oui, et elles deviennent des papillons de toutes sortes. J’adore les papillons, j’en ai de très rares. On dit que les âmes errantes viennent se glisser parmi eux. Des méchants racontent que je donne à chaque âme une de mes poupées comme habitat, le temps de résoudre leurs problèmes. Que je les utilise à mon profit. Selon eux c’est par cet artifice que les yeux de mes poupées sont aussi vivants, que leur peau devient aussi élastique et qu’on croit voir le sang battre sous elle. On raconte encore que parfois les poupées se mettent à bouger la nuit pour exécuter l’une ou l’autre tâche que les humains ne savent plus accomplir depuis longtemps… Tout le monde se les dispute, elles acquièrent une renommée en bien des contrées. Une fois acquise son nouveau propriétaire ne peut plus s’en détacher.

- Noam, ceux qui racontent cela sont des gens qui jalousent tes talents. Oui, il y a de la magie dans tes poupées. Mais tu souffres trop d’être confiné dans ce jardin que pour enfermer des âmes errantes dans tes poupées.

- Tous les garçons de mon âge ont peur de moi, ils me fuient ou me persécutent. Tu es le premier à oser me fréquenter… Oh Iacchos je suis tellement heureux ! On va pouvoir unir nos magies ! »

 

Iacchos est un peu effrayé par tant de passion et proteste faiblement :

 

« - C’est toi le magicien. Moi je ne suis qu’un débutant. D’ailleurs jusqu’ici je n’ai utilisé qu’un seul grimoire. Mais je crois en effet qu'on aura plein de choses à se raconter. On vient d’univers culturels si différents, et pourtant je nous sens si proches… »

 

 

Tu as vaincu un démon redoutable...

 

 

Noam murmure d’abord :

« - Le Traité de magie panique… Rien de moins que le Traité de magie panique… Un grimoire que bien des amateurs se disputeraient âprement. Mais on raconte que c’est le grimoire qui vient à toi, et pas toi qui va au grimoire. Il y en a qui l’ont cherché toute leur vie, d’autres ont voulu le voler. Jamais ils ne sont parvenus à l’acquérir, jamais ils ne l’ont même touché de leurs mains… »

 

Puis il reprend plus haut :

« - Tu es trop modeste. Un elfe est venu s’égarer dans notre jardin. Il m’a raconté tes exploits dans la forêt de Soignes. Tu as vaincu un démon redoutable !

- Le Démon Glacial ? Ce suricate affaibli ?

- Bien plus que cela, Iacchos. Il t’a leurré sur sa véritable nature. Moi j’œuvre dans cette seule ville, mais toi tu agis dans la forêt entière, et les forêts sont interconnectées entre elles par les arbres et les plantes, le bitume et le pavé ne connectent pas.

 

 

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« Il t’a leurré sur sa véritable nature. » Photo © Eric Itschert.

 

 

Tu as la capacité d’habiter un animal. Moi je puis tout au plus créer une forme-pensée. Tu es mon héros, c’est pour cela que je t’ai représenté comme samouraï…

- Toi alors ! D’abord je n’étais pas tout seul pour renvoyer le démon dans l’entre-deux mondes qu’il n’aurait jamais dû quitter. Sans l’aide d’Éric et du petit peuple ensuite je n’y serais jamais arrivé. C’est parce-que tu es amoureux que tu m’idéalises.

- Je ne t’idéalise pas, je vois ta vraie nature qui est divine, je perçois la Lumière en toi. Le petit peuple s’est fédéré autour de toi, et toute la nuit jusqu’à l’aurore ils ont dansé et chanté ‘Iacchos, vive Iacchos’. Ensuite tu as sauvé Sylvain le faune et Sauvain le page !

- Noam, on s’y est tous mis, y compris ton père ! C’est du passé. Mon présent, c’est Eric et toi… et nourrir le faune. Ton père m’a prévenu : je dois garder une distance d’avec ce dernier. Nous sommes tous atman en Atman. J’appartiens à la Lumière. Mais pour vraiment m’aimer tu devras aussi accepter mes faiblesses. Rassure-toi, on s’en donnera le temps… »

 

Noam rit.

« - Tu dois garder une distance avec le faune, mais pas avec Eric et bientôt pas avec moi. »

 

Ensuite Noam et Iacchos s’admirent avec tendresse, émerveillés l’un par l’autre. Ils n’ont plus envie de parler. Noam détaille le grain de peau de Iacchos, si fin, si velouté, si sombre. Il sent son odeur et la chaleur de son corps qu’il retient prisonnier entre ses jambes. Il regarde ces lèvres qu’il aurait tant envie d’embrasser, des lèvres charnues et parfaitement dessinées. Iacchos admire le si beau sourire de Noam, ces yeux verts légèrement baissés qui regardent sa bouche, cette peau aussi douce que la soie, d’un brun différent de la sienne. Leurs lingams tendus se mettent tout naturellement en parallèle, l’un contre l’autre, le fin tissus seul protège encore leur vertu. C’est à nouveau Noam qui craque le premier, il se penche sur Iacchos et recommence à l’embrasser dans le cou. Iacchos, rassuré parce-que la capacité de mouvement de Noam est limitée dans cette position, rejette la tête en arrière et se laisse faire. Les lèvres de Noam caressent son cou. Soudain Noam se met à le lécher, et écarte son T-shirt pour lui donner un bisou étrange sur l’épaule. Alors Iacchos reprend, pour sortir Noam du dangereux enchantement :

 

« - Bientôt, Noam, bientôt. Et maintenant, si tu me tirais les cartes ? »

 

 

Noam ferme les yeux et approche sa bouche de celle de Iacchos, très doucement, il semble en extase. Iacchos recule sa tête.

 

« - Noam ! Pas sur la bouche !

- Personne ne le saura !

- Nous deux nous le saurons, c’est déjà deux de trop !

- Et après mon anniversaire, je pourrai ?

- Tu es vraiment très entreprenant toi, tu as le diable au corps ! Peut-être que oui, si tu es sage jusque-là ! »

 

Noam se relève d’un bond :

 

« - Promis, je serai sage jusque-là. C’est de ta faute aussi, tu es trop beau, ton odeur m’enivre et ta peau a un goût délicieux ! Viens, la table aux tarots se trouve en haut. Suis-moi ! »

 

 

Zut se dit Iacchos. Comme si le suçon sur l’épaule ne suffisait pas, il découvre une belle auréole sur le bas de son T-shirt.

 

« - Attends, je finis mon verre d’eau. Oh, j’en ai renversé sur mon T-shirt ! Tant pis, cela sèchera vite avec cette chaleur. »

 

Et puis Iacchos regarde les dégâts sur son épaule : il y voit nettement la marque du suçon. Son T-shirt dissimulera la trace devant Rabbi Isaac, mais que va penser Eric de lui ? A la maison il est si souvent nu… Il remet le problème à plus tard et suit le redoutable garçon dans l’escalier.

 

 

 

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« C’est pour cela que je t’ai représenté comme samouraï… » © Eric Itschert.

 

 

A suivre…

 

 

 

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