11/10/2007

38) Extrait d'un carnet de voyage, QUATRE et CINQ.

 

(L'histoire se commence par le n° 35 .)bl sirene 23b 008
 

 

 

 Des jeunes filles nues

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUATRE

 

La lumière du soleil et la gifle de la chaleur me frappent de plein fouet d’un coup double et traître. Ebloui, je me laisse maintenant docilement guider par la fille. Le temps semble s’arrêter un instant et d’autres possibles se révèlent à moi. M’enlaçant au creux de mes reins, elle m’amène devant la porte à l’étiquette et dit : «  tu vois, c’est ici que l’exposition a lieu. Viens, je te montre. » Sa main si familière quitte mes hanches et me laissent orphelin.
 
 
 
Bl deux 006Je visite l’exposition, articulée en deux parties : la première montre d’anciens manuscrits enluminés sur parchemin, avec des tas de vignettes comportant des sirènes. C’est comme si on avait choisi les pages sur lesquelles ouvrir les livres… La deuxième partie montre des immenses photos contemporaines en noir et blanc. Ces photos exhibent de superbes nus de jeunes filles.
 
 
 
photos art 009
 
Caroline
 
 
Et puis je trouve, ébahi, des nus de la fille qui m’accompagne, souriante devant mon trouble. « Comment me trouves-tu ? » « Tu es vraiment très belle », dis-je en avalant ma salive. Si certaines photos sont très pudiques, d’autres la montrent sans rien cacher, et ceci avec une précision et une netteté toute particulière dans les détails. On peut la voir dans toutes sortes d’attitudes, les photos sont prises en extérieur, de jour, en plein soleil. Soudain je tombe sur une photo d’elle prise sous un superbe clair de lune et je sursaute : ses longues jambes sont remplacées par deux queues se terminant en nageoires. J’ai déjà vu les photos d’autres filles avec les mêmes transformations, mais l’évidence a attendu maintenant pour s’imposer…
 
 
 
I scanned
 
Isabelle
 
 
 
Quand on sort elle me tient la main comme si on se connaissait depuis longtemps. Moi : « Je dois partir. » Elle : « Alors embrassons-nous ? » Elle vient se blottir dans mes bras, je l’embrasse doucement sur ses joues fraîches. Puis elle me demande : « dis-moi au moins comment tu t’appelles ? »  J’hésite, car peut-on donner son nom à une sirène sans subir de dommages ?  « Donne-moi d’abord ton nom à toi ».  En souriant et triste à la fois, elle me répond : « tu l’aurais su si tu étais resté.  Salut.  Que les étoiles guident ton chemin ». Ensuite elle sourit à nouveau franchement : « merci de m’avoir embrassée, cela ne m’était plus arrivé depuis si longtemps ! » Je pars, essayant de me convaincre d’avoir échappé à une terrible sirène se cachant sous la peau d’une jolie jeune fille…
 
 
 
 P s002
 
 
 
CINQ
 
 
 
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Ensuite je me reproche mes craintes. Pourquoi avoir refusé de rester ? Parce que je la sens différente ? Pourquoi ne pas avoir essayé de la connaître ? Par peur de l’autre ? Et je retourne sur mes pas. Mais dans le jardin il n’y a plus que deux portes. La troisième a disparu, et je me retrouve enfermé dans ce labyrinthe de dualités dans lequel je me suis déjà si souvent volontairement réfugié en raison de mes craintes et de mes angoisses… Et dans le jardin se mêle au vent le faible grelot du rire d’une jeune fille, à peine perceptible, comme venant de derrière un mur…

 
Le lendemain, je cherche une réponse à l’énigme de la veille. Mais je suis incapable de même retrouver la ruelle, elle aussi semble avoir disparue…

 

(Fin de l’extrait du carnet de voyage.)

Encore un très grand merci à Isabelle et à Caroline de m’avoir autorisé à publier ces photos sur le Web. Les photos originales ont été tirées sur papier baryté, en grand format. L’appareil utilisé est un ancien Pentax KM de 1973. Les copies montrées ici sont volontairement présentées légèrement floues par rapport à la netteté des originaux: je rappelle que toute copie est strictement interdite, © Eric Itschert.